
Et pour nous différencier dans cette foule, nos uniformes, dont on n’avait pas réussi à se débarrasser pour passer le diplôme, à notre plus grand regret à tous. L’avantage non négligeable de cette histoire, c’est qu’on reconnaissait les alliés des ennemis, sauf quand on avait des alliés et des ennemis dans les deux camps, comme moi. D’ailleurs, en jetant des regards ci et là, je pouvais remarquer que aucun Van Heim ne se mélangeait avec les JFK, et inversement. Avec Meredith, arrivant main dans la main, on faisait figure de marginaux, littéralement, tout le monde se retournant quand on arrivait, avant de chuchoter des « t’as vu ? » à leur voisin. Quoi ? On a des boutons sur le visage.

Une fois entré dans le lycée, plus laxiste que JFK malgré qu’il soit privé, je remarquai un petit couple que je connaissais bien, étroitement enlacés, comme si ils n’avaient pas eu leur dose en privé ces deux zozos là.
Voilà une semaine que Raise avait « déménagé » plus ou moins officiellement chez Fayce, après que je lui ai vaguement parlé que je quitte l’appartement des parents pour vivre chez Meredith. Et c’était tout content qu’il m’avait aussitôt annoncé que Fayce lui avait proposé de l’héberger, chez elle, dans son propre appartement, puisqu’elle habitait à des années lumières du domicile familial. Bref, ils étaient déjà en ménage ces deux-là, mais ils ne se décollaient pas pour autant l’un de l’autre, c’en était lassant.
- Hep ! Raise ! m’annonçai-je en approchant d’eux, serrant toujours la main de Meredith dans la mienne, il ne manquerait plus qu’elle se perde.

Au son de ma voix, il tourna la tête dans ma direction, vite imité par Fayce, qui nous adressa un sourire aussitôt.
- Salut frangin, bonjour Méré, nous salua-t-il aussitôt.
- ‘jour, répondit Meredith en scrutant autour d’elle.
- Pour une fois que ce n’est pas moi qui ait perdu ma langue, rit aussitôt mon jumeau. Bah alors, on stress Miss Van Heim ?
Pour seule et unique réponse, elle tourna la tête vers lui avant de lui lancer un regard noir, qui le stoppa directement. Ça, c’était bien vu. Il est lourd depuis qu’il n’est plus célibataire cet empoté, il respire trop la bonne humeur, ça ne lui va pas au teint.
Des rires familiers retinrent mon attention, et ils émanaient d’une personne qui passait tout juste la porte, accompagnée, à ma plus grande surprise, d’une personne que je m’étais juré de faire payer pour ses conneries.

- Sérieux ?
- Bien sûr, si je te le dis, ne me prends pas pour une menteuse !
- Non, je n’oserais pas, ça … m’étonnait juste à vrai dire, je ne t’imaginais pas comme ça, enfin … il ne me restait pas cette image là de toi quand je suis parti.
- En même temps, depuis que je vis seule, j’ai beaucoup changé, j’ai dû faire face à d’autres réalités … Tiens, regarde, les liste de répartition des salles sont là.

Heaven et Ulyss se dirigèrent alors vers les tableaux d’affichages, toujours en riant, comme si ce jour était tout ce qu’il y avait de plus banal.
Il joue sur combien de plans cet imbécile heureux ? Il y a deux semaines encore, c’était sur Isis qu’il avait jeté son dévolu, et aujourd’hui, c’est bras dessus bras dessous avec Heaven qu’il s’affichait, j’ai loupé un épisode ou quoi ?
- Je savais pas qu’ils sortaient ensemble, souleva Fayce.

- Ils sortent pas ensemble, je serais au courant sinon, lui dis-je en me retournant vers eux.
- Je ne crois pas qu’elle te raconte tout non plus, me dit Méré en les regardant.
- Je suis son meilleur ami, quoi qu’elle fasse, elle me le dit toujours, ça a toujours été comme ça !
- Car tu lui as dit le jour même pour moi ? souligna-t-elle.
Aïe, un point pour la punkette. Elle a pas vraiment tord.
- Laisse-la un peu vivre sa vie, tu ne crois pas ?
- Mouais …
- Salut les Hart ! nous coupa aussitôt quelqu’un.

Thomas, le boulet de la classe, accompagné de son fidèle Sonny, chien de garde à ses heures. En gros, voilà la classe qui se ramenait. Alexane et Jeremy n’étaient qu’à quelques pas, se la jouant collés serrés aussi, j’ai vu Drew dans un coin, mais seul, où est donc son gallinacé adoré ? Les moisis étaient rassemblés en meute dans un autre coin, et c’est là que je me rendis compte du nombre important de JFK dans les alentours.
- Tiens, mais t’es qui toi ? lança le blond en direction de Meredith. L’asocial du coin s’allie aux ennemis, c’est beau dis moi.
- Thomas, va te faire mettre, grinçai-je.
- Eh mollo mon tout beau, je vais pas te la piquer, tu caches bien ton jeu, je te croyais limite eunuque, je t’ai jamais vu avec une meuf, sauf ta pote, au bahut !
- Je viens de te demander de te la fermer, grondai-je.
- Eh, on se calme ici !

Drew venait de débarquer dans notre petite guerre, les bras croisés avec sa prestance naturelle. Thomas se calma aussitôt, et Sonny arrêta de couiner comme un jouet en plastique pour clébards.
- Vous allez peut-être lui foutre la paix, non ? leur demanda-t-il calmement.
- Ouais, c’est bon, on a compris … Merde pour tes examens mec, me lança Thomas en allant vers les salles.
- Merci Drew.
- Pas la peine de me dire merci, me dit-il. Je sais très bien que mentalement, tu m’envoies rôtir dans les bas fond car c’était ton problème et pas le mien. Je te connais tu sais, ça aide d’avoir été ton ami pendant tout ce temps. Bonne chance pour la philo, à ce que je me souvienne, c’est pas la matière que tu préfères.
- Euh, je … bégayai-je.
Mais il me coupa en m’esquissant un sourire, avant de se diriger, à son tour vers les salles d’examens.
- Aaron !
Ça, c’est Cathe, ou je ne m’y connais pas.

Eh bingo, la voilà perchée sur mon dos, comme à chaque fois qu’elle apparaissait quand on s’y attendait le moins, elle le fait exprès ou quoi ?
- Bordel Cathe ! grognai-je sous les rires de mes amis.
- Moi aussi je t’adore mon rouquin, me dit-elle en m’embrassant sur la joue avant de descendre de mon dos.

- Qu’est-ce que tu me veux cette fois ? lui demandai-je.
- Quel est le point commun entre Hart et Hammer ? me dit-elle toute joyeuse.
- C’est pas l’heure des devinettes Cathe, rétorquai-je.
- Ils passent leurs examens dans la même salle ! sautilla-t-elle, comme si c’était la nouvelle du siècle.
Génial …
- Mesdemoiselles et Messieurs, je vais vous demander de bien vouloir rejoindre vos salles d’examens. Tout retard non justifié sera pénalisé par l’impossibilité de passer les épreuves, qui seront notées d’un zéro éliminatoire ! clama la voix d’un prof.

- Bon courage, me dit Meredith avant de m’embrasser sur le coin de la bouche, on se voit dans quatre heures !
- Merci, bon courage à toi aussi, lui répondis-je avant qu’elle ne rejoigne sa salle.
- Bon, ben, je vais rejoindre les C moi, nous annonça Fayce. Génial, y’a Ulyss dans ma classe, je vais pouvoir mater si je suis en manque d’inspiration.
Raise lui lança alors un regard noir, visiblement mécontent.
- Mais je déconne mon chéri, je vais écrire que j’ai un chéri formidable dans ma copie, ça te va ?
- Allez, file. Bon courage !
- A toi aussi, répondit-elle en disparaissant, nous laissant tous les trois dans le hall.

- Allez mes Hartounet, on y va ! Let’s goooooo !
- Je suis pas ton Hartounet ! cingla Raise. Je te connais à peine !
- Crois moi, c’est pas un honneur de la connaître, lui soufflai-je avant de me prendre un coup de coude de la part de Cathe.
- Allons les gars, soyez mignons. C’est le diplôme, faut être contents !
- Ou pas ! lui répondîmes nous en chœur.