
Décidés donc à partir en vacances tous les deux, nous sommes sortis, le lendemain, une fois le problème Florian loin de nos esprits, faire deux trois courses pour notre séjour sur la côté est, dans une petite ville dont le nom m’échappe momentanément, où les parents de Meredith possèdent un cabanon au bord de la mer … cabanon refait de leurs mains, et où Méré avait passé ses vacances le plus souvent.
Aujourd’hui, je servais de … petit ami dévoué qui porte les sacs emplis de fringues de sa bien-aimée … Bon, il y a pas trois tonnes de fringues, et il y en a pour moi aussi là dedans … Parce que qui dit cabanon au bord de la mer dit maillot de bains flambants neufs. Et je n’ai pas réussi à esquiver cette corvée…

On flânait dans les rues en discutant de tout et de rien, et je me rendis compte qu’on n’avait pas encore fait de telles sorties tous les deux, se contentant de se voir chez elle, ou à la sortie des cours, dans le parc à côté de chez Cory. Cette fois-ci, c’était différent, et je savourais l’instant, de pouvoir me promener normalement avec elle.
Au loin, nous vîmes un petit café avec une terrasse donnant sur la rue, et Meredith s’y précipita, me laissant presque seul sur le trottoir. Je m’empressai alors de la retrouver, et nous nous assîmes à une table, sous laquelle je posai enfin nos achats.

- Il est trop chou ce café, dit-elle en riant et en bougeant les jambes comme une petite enfant.
- Bah, c’est un café quoi, je vois pas ce qu’il a de plus chou qu’un autre …
Elle baissa les épaules, blasée, avant de me regarder droit dans les yeux avec l’intention de me tuer si elle le pouvait.
- T’es déprimant Aaron. Si je m’écoutais, y’a longtemps que j’aurais fini, soit nonne, soit avec la corde au cou !
- Excuse-moi, fis-je. J’arrive juste pas à comprendre comment tu peux faire pour être autant enjouée pour un truc pareil, c’est juste un café …
- Je suis heureuse de pouvoir me promener comme ça avec toi, c’est tout, ne va pas m’en faire un fromage … Si ça te plait pas, je vais faire la gueule, tu vas être ravi …
- C’est bon, j’arrête, abdiquai-je. Ca te va comme ça ?
Elle se contenta de me sourire, puisque un serveur arriva près de nous pour prendre nos commandes, qui se constituèrent d’un cappuccino pour elle, et d’un café noir pour moi, et nous fûmes servis dans les minutes qui suivirent. Ce café avait au moins le mérite de ne pas faire attendre les clients.

- Dis Aaron … commença Méré en sirotant son cappuccino, t’es déjà allé en vacances ?
- Qu’est-ce que tu entends par là ? m’intriguai-je.
- Bah … hésita-t-elle en rougissant, tu m’as dit que ta famille avait certains problèmes, je me demandais juste si ça les empêchait de t’amener, ton frère et toi, en vacances …
- J’y suis jamais allé, lui répondis-je en buvant une gorgée de mon café. Je restai chez moi à regarder la télé et à me chamailler avec Raise, ou j’allais voir Heaven à l’orphelinat …
A la simple pensée d’Heaven, je me stoppai, repensant à notre dispute au sujet d’Ulyss, et au fait que je ne m’étais toujours pas réconcilié avec elle.

- Aaron ? Me héla-t-elle alors que j’étais parti dans mes songes.
- Hein ?
- Ça ne va pas ?
- Si si, ça va, ne t’inquiète pas … On parlait des vacances … Tu me kidnappes combien de temps ? essayai-je de changer de sujet.
- Fous toi de ma gueule aussi, bouda-t-elle. Tu pensais à elle, avoue … Tu t’es arrêté en me parlant d’Heaven.
Je piquai un fard. Heaven n’était pas le sujet que j’aimais aborder avec Meredith, puisqu’elle ressentait, et je le savais bien qu’elle me le cache, une certaine jalousie à son égard.
- Aaron … insista-t-elle.
Mais je gardais mon regard fixé sur ma tasse de café, jusqu’à ce qu’une autre voix ne m’interpelle, et ne me fasse réagir.
- N’Arone !!

Un petit garçon aux cheveux noirs de jais se rapprocha de notre table en titubant tout en répétant ses N’Arone sans cesse.
- Priam … appela alors Méré en s’accroupissant au sol pour lui tendre les bras. Tu viens me voir ?
Le garçonnet ne se fit pas prier plus longtemps et se précipita dans les bras de Méré qui en profita pour le serrer contre elle en riant, tandis que je regardais partout dans le café à la recherche de sa mère, qui ne devait pas être loin, et je la vis, qui s’approchait de nous en souriant.

- Bonjour Aaron, me dit-elle.
- Salut Ath’ … tu sais toujours pas le surveiller ton machin sur pattes ? lui fis-je, mauvais.
- C’est parce que je t’ai reconnu que je lui ai dit d’aller te voir. Il t’aime bien !
- Ça me fait une belle jambe, je hais les gosses, bougonnai-je.
- Souris un peu, je ne te l’ai pas déjà dit ?
- Non, mentis-je.
- Pourtant, j’en étais sûre …
- Asseyez-vous Ath’, l’invita Meredith.
Non, tout, mais pas ça, pitié. Trop tard, elle venait de prendre une chaise à la table de derrière pour s’asseoir avec nous.

- Merci, nous dit-elle.
- C’est normal, on allait pas vous laisser debout non plus, répondit Méré , assise à son tour, le nain de jardin sur ses genoux, sage comme une image, bien qu’il ne fasse que de me regarder avec son sourire candide bon à découper au couteau à beurre. Je hais les gosses !
- Alors, vous faîtes quoi de beau de votre journée les amoureux ? lança-t-elle.
Et bien sûr Meredith n’a pas pu s’empêcher de lui répondre, alors que j’aurais préféré l’ignorer, elle serait partie plus vite. Raaaah !
- Journée shopping. On complète notre garde-robe en vue de partir en vacances quelques temps, tous les deux …

- Wah, vous en avez de la chance, j’ai jamais pu partir en vacances comme ça avec Daren… Priam est arrivé très vite, ajouta-t-elle en posant un regard attendri sur son rejeton qui visiblement appréciait les genoux de Meredith. Et vous allez où ?
- Sur la côte Est, dans la petite ville de …
- Méré, la coupai-je. Pas besoin de tout déballer.
- C’est pas grave, nous dit Ath’. C’est une simple curiosité de ma part. Je vais vous laisser d’ailleurs … Bonne fin de journée.
Elle se leva, prit Priam dans ses bras avant de disparaitre dans les ruelles. Et je me tournai vers Méré, et à sa tête, je sus que j’allais passer un sale quart d’heure.

- T’as vu un peu ce que tu as fait ? Crétin !
- Eh ! Mollo ! Je peux pas la blairer, c’est tout … grognai-je.
Tiens, ça faisait longtemps, depuis quelque temps, j’étais sur mon petit nuage avec Méré, et je ne grognai presque plus en sa présence … fallait bien que ça revienne un jour.
- Qu’est-ce que t’a fait Ath pour que tu la détestes autant ?
Je la regardai droit dans les yeux, plus énervé que jamais.
- J’ai couché avec elle, voilà !
Et sur ces mots, je me levai en trombe du café pour aller me dégourdir les jambes, et essayer de me calmer, tout en réalisant ce que je venais de dire.
Andouille !