
Quelques jours plus tard, le contrat de location était signé, les clés nous étaient confiées et l’appartement n’attendait plus que nous deux, à notre plus grand plaisir. Meredith et moi avions alors décidé de chercher à le meubler le plus tôt possible, ce qui nous amène, aujourd’hui mercredi 2 août 2006 à finir d’installer les derniers meubles, à savoir le salon en particulier.
Quand j’entrais dans l’appartement, je ne pus que soupirer à la vue du bazar qui y régnait déjà. Nous n’y habitions pas encore officiellement, certes, il est vrai qu’il nous arrivait de passer quelques jours ici pour être plus tranquilles … et pour l’inaugurer à notre façon, et voilà que les affaires s’y entassaient, comme en plein moi de mars de l’année universitaire.

- Méré ! bougonnai-je en la cherchant du regard. Ça te coûterait quoi de ranger tes fringues de temps à autres ?
Je tirai une robe rose fluo de dessous un fauteuil, avant de poser celle-ci dessus, ayant de réels doutes qu’elle appartienne à Méré … c’est vraiment pas son type de fringues, le rose et les robes de ce genre.
- Quoi ? me dit-elle en déboulant de la salle de bain de la chambre, toute vêtue de noire, ses cheveux coupés courts de la veille.

Elle s’approcha de moi avant de détailler la robe, les yeux écarquillés.
- Ah non, c’est pas à moi ça, et ça risque pas. Le jour où tu me verras porter ce genre de fringues n’est pas prêt d’arriver !
- Sois pas si mauvaise langue ! Je suis sûr qu’une robe t’irait bien … lui dis-je en la regardant tendrement.
- Même pas en rêve sale rouquin ! bouda-t-elle en me tournant le dos, ses bras croisés sur sa poitrine.

Je m’approchai d’elle, posant mon menton sur son épaule, et mes mains sur ses hanches, avant de les faire glisser subtilement sous son tee-shirt. Je sentis qu’elle se décrispait et en profitai alors pour lui embrasser le cou tout en faisant glisser mes mains sur son ventre, et sa réaction ne se fit pas attendre puisqu’elle se retourna vivement vers moi pour sauter sur mes lèvres. Quand elle se détacha de moi, quelques secondes plus tard, elle garda son visage près du mien et afficha une mine boudeuse.

- Pas de robe …
- S’il te plaît … pour moi, la suppliai-je en affichant ma mine de chien battu. Une seule petite journée, habillée en robe … sans boots !
- T’es vil Aaron, tu sais que j’aime pas ça, les robes neuneu et les petits chaussures, me dit-elle la mine déçue.
- Je ferais ce que tu veux en échange !
- Ce que je veux ? me demanda-t-elle, un éclat dans les yeux.
- Dans la limite de la décence quand même, paniquai-je quelque peu.
- T’inquiète pas, je ne comptai pas t’attacher au lit, me rit-elle au nez.
- Pfiou, soupirai-je alors. Que veux-tu que je fasse ?
Elle fit mine de réfléchir cinq secondes, avant d’afficher un sourire d’illuminée sur son visage.
- Je veux que tu enterres la hache de guerre avec Cyn’ !
- Quoi ? m’estomaquai-je sur le coup.

Elle se décolla de moi pour s’asseoir sur le lit en souriant, sans cesser de me regarder.
- Je te demande d’enterrer la hache de guerre avec Cynthia, et si t’acceptes, et que tu me donnes ta parole, alors je m’habillerai en « fille » pendant une journée entière !
- C’est du suicide … ta grande perche va me découper en rondelles ! tentai-je de me défendre.
- Tu vas pas me dire que toi, le grand Aaron, qui a flanqué des raclées à un nombre incalculable de cons, a peur d’une simple fille, se moqua-t-elle de moi.
- Te moque pas de moi, boudai-je avant de m’asseoir à côté d’elle.

- Promets moi d’essayer … insista-t-elle. Pour moi.
- Oui, j’essaierais, mais je te promets rien !
- Merci Aaron, t’es un amour !
Elle se pencha vers moi pour m’embrasser sur la joue, ce qui me fit sourire un court instant, avant qu’un autre problème ne me saute à la figure et ne me faire faner mon sourire. Je soupirai puis m’étendais sur le lit, main sur ma bouche.

- Aaron ? Qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta aussitôt Meredith.
- Tu l’as pas vu ? demandai-je en fixant le plafond.
- Vu qui ça ?
- Florian …
Elle se figea, ce qui ne m’étonna pas, et je décidai alors de me relever pour essayer de capter une réaction, même minime. Je savais très bien que Florian était son pire cauchemar. Ce mec est complètement fou et avide de pouvoir et ne voit en Méré qu’un moyen d’accéder des sphères économiques importantes.
Je m’approchai alors d’elle doucement, mais elle ne bougeait toujours pas, le regard fixé droit devant elle, sur le mur noir de la chambre.

- Méré … murmurai-je.
- Pourquoi il est là ? souffla-t-elle, perdue.
- J’en sais rien, mais je promets qu’il t’approchera pas, j’en fais une affaire perso … tentai-je de la rassurer.
Elle tourna alors son visage vers moi, ses yeux étaient emplis de larmes, mais elle s’empêchait de pleurer. Je voyais sur son visage toute la crainte que lui inspirait Florian et je la pris alors dans mes bras, la berçant doucement.
- Ça va aller, il ne te fera rien …
Je resserrai mes mains dans son dos tandis que finalement, elle pleurait sur mon épaule en silence. Le retour de Florian soulevait pas mal de questions, et de problèmes également.

Je vis qu’elle commençait à se calmer, alors, sans la décoller de mon torse, je décidai de changer la conversation, après tout, c’est moi qui a lancé le sujet « Florian », il faut bien que je répare mes erreurs.
- Méré ? lui murmurai-je.
Elle acquiesça d’un hochement de tête tout en se blottissant un peu plus contre mon torse.
- C’est pas toi qui m’avait proposé de partir en vacances une fois que l’appart serait meublé ?
- Oui …
- Je suis toujours partant, et toi ?
Elle décolla son visage de mon torse pour me regarder droit dans les yeux en me souriant tendrement. Je passai alors mes mains sur ses joues pour essuyer les traînées humides de ses larmes sur celles-ci.

- Moi aussi je veux partir en vacances, dit-elle me souriant avant de finalement se lever du lit, et prendre la direction du salon, certainement pour déballer le reste de ses cartons, et oublier plus vite, le problème Florian.
Quoi de mieux que de s’occuper pour ne penser à rien, et surtout à ce qui nous effraie le plus au monde. Car c’est exactement ce que je ressens à cet instant quand je la vois s’activer. Une petite fille effrayée qui cherche à ne plus penser à ses peurs, avant qu’elle ne remette son masque de gaieté sur son visage. Finalement, dans dix minutes, elle s’approchera de moi, le sourire aux lèvres, rayonnante, en m’appelant, avant de me tirer par la main vers la raison de son problème, qui ne sera qu’un pot de confiture trop bien fermé, ou une araignée dans un coin de la maison.