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-- Deux semaines plus tard –

 

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Finalement, cela avait été plus rapide que prévu pour An et Gabe. Ils étaient le lundi 10 septembre, et elle n’avait pas vu son petit ami depuis plus d’une semaine. Il avait même raté son anniversaire.

Voilà. C’était fini. Elle le savait, elle s’en était doutée, bien avant qu’elle n’accepte de sortir avec lui. C’était aussi évident que le nez au milieu de la figure. Mais elle avait eu le malheur de finalement tomber amoureuse de Gabe, et elle se prenait en pleine figure leur séparation.

A cela, il fallait rajouter l’ambiance plus que morose à la maison. Son père avait été aussitôt envoyé en prison après son arrestation, sans autre forme de procès. Sa mère subissait les désagréments de sa grossesse, entre sautes d’humeurs, nausées et l’incertitude de leur avenir avec un mari en prison. Jayn profitait de tout ce chaos pour pousser sa mère à bout, insulter son père et repartait impunie, Marine étant complètement dépassée par la situation.

Mais la vie avait dû reprendre son cours.

 

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An avait repris les cours quelques jours plus tôt, et avec eux, sa routine quotidienne. Journées à l’université, et soirée sur son ordinateur, à traîner sur les forums, et à discuter avec Ewan. Elle esquivait Jayn quand c’était possible, renvoyait la toute jeune adolescente dans ses quatre mètres carrés quand elle outrepassait ses privilèges, et essayer d’aider sa mère au maximum. Mais elle restait sans aucune nouvelle de Gabe, ni de son père.

Jusqu’à ce matin-là. Elle était en plein cours de littérature moderne quand elle reçut un message de son petit ami. Comme toujours, elle s’installait en haut de l’amphithéâtre, et elle avait pu lire son message sans se faire griller par le prof, qui était bien trop bigleux pour voir que ses élèves n’en fichaient pas une.

« Salut An. Désolé, je ne suis pas trop présent en ce moment. Ça te dit de passer le week-end du 15 avec moi ? J’ai réussi à me dégager du temps, on va pouvoir fêter ton anniversaire ♥ »

La jeune femme ne put s’empêcher de sourire à la vue de ce message. Finalement, elle avait parlé trop vite. Il arriverait à leur trouver du temps. Elle s’empressa de lui répondre qu’il n’avait pas à s’excuser et qu’elle lui réservait bien évidemment son week-end, le tout avec un petit cœur à la fin.

 

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Elle était déjà impatiente, et avait du mal à rester concentrée sur la suite de son cours, tout comme pour le reste de la journée. Elle était donc rentrée chez elle le soir, avec un sourire béat sur son visage, ce qui ne manqua pas d’intriguer sa mère qui se trouvait dans l’entrée à ce moment-là.

- Tiens, tu as l’air heureuse, lui dit-elle.

Ça lui faisait plaisir de voir sa fille avec le sourire jusqu’aux oreilles. Ça changeait un peu de la négativité qui suintait de chaque mur de la maison. La mère de famille s’approcha alors de sa fille, curieuse d’en savoir un peu plus.

- Je vais voir Gabe ce week-end, lui dit-elle en haussant les épaules. Pour mon anniversaire. Ça va aller avec Jayn ?

- Comment ça avec Jayn ? Bien sûr que ça va aller. On ne va pas s’arrêter de vivre parce que ton père est en prison. Tu sors avec Gabe ce week-end, et je m’occupe de Jayn. C’est mon boulot de m’occuper d’elle.

- Dis ça à tes cernes. Tu fais peur maman …

 

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Et ce n’était que peu comparé à ce qu’elle pensait vraiment. Marine vivait très mal l’arrestation de Nate, ainsi que le silence de ce dernier. Depuis l’arrestation, elle n’avait pas eu l’occasion de lui parler une seule fois. Il était interdit de visite, ne pouvait pas recevoir d’appels et n’avait même pas d’avocat à qui elle pouvait demander des nouvelles. Nate était en silence radio, et plus le temps passait, plus elle était morte d’inquiétude.

- Ça va aller, répéta-t-elle à sa fille. Je gère Jayn et tu profites de ton chéri ce week-end. Je ne veux pas que tu te prives pour moi, d’accord ?

Elle fit le dernier pas qui la séparait de son aînée et elle l’embrassa sur le front. An ferma les yeux, profitant de la présence de sa maman, et de recevoir ces petites attentions comme quand elle était enfant.

- Je t’aime Maman.

- Moi aussi ma chérie. Heureusement que je vous ai ta sœur et toi.

- Même Jayn alors qu’elle est infernale ?

- Ça me donne une bonne raison de maudire ton père pour autre chose que son passage en prison.

An esquissa un sourire avant d’embrasser sa mère sur la joue et de filer dans sa chambre pour retrouver Ewan sur son ordinateur. Et à peine fut elle assise sur son siège de bureau, qu’une fenêtre de discussion s’ouvrit, avec l’avatar d’Ewan. Elle posa son sac et sauta sur son clavier.

 

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« Salut Anie ! Comment tu vas ? Dis-moi, t’es loin de la frontière canadienne ? »

An resta quelques secondes perplexe, face à la demande d’Ewan. Effectivement, elle habitait à une dizaine de kilomètres de la frontière. Elle avait même l’habitude avec sa famille et ses amis de se rendre au Canada pour passer une journée ou deux.

« Salut. Pourquoi cette question ? Tu me traques ? »

« Peut-être, hé hé. »

« T’es flippant. Et sinon, pourquoi tu demandes ? »

« Je suis au Canada cette semaine, et pas loin de la frontière américaine, alors je tente »

 

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An rougit aussitôt jusqu’aux oreilles. Ewan était là ? Enfin, qu’elle ne s’excite pas trop non plus. La frontière avec le Canada fait au bas mot plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. La probabilité qu’il passe à proximité de Houlton était plutôt mince.

« Anie ? »

« Oui, je ne suis pas loin de la frontière »

Elle ferma les yeux aussitôt. Qu’elle idée elle avait eu. Elle s’était pourtant promis de ne jamais donner à Ewan son adresse, ou de précisions même vagues dessus. Elle venait clairement de déroger à la règle.

« De quel côté ? Ce serait sympa qu’on se voie enfin, non ? »

« Woodstock, je ne suis pas très loin »

Elle regarda avec attention l’écran une fois qu’elle eut envoyé son message. Elle voyait bien les trois petits points s’agiter à côté du pseudo d’Ewan, et elle avait l’impression que son cœur aller s’arrêter par le stress. Finalement, le couperet tomba.

« Ah, ça tombe bien ! J’y suis le soir du 15. On pourrait aller boire un verre, t’en penses quoi ? »

 

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Le week-end du 15, c’était le week-end qu’elle venait de promettre à Gabe. Et quand bien même elle était curieuse de rencontrer Ewan, elle avait une folle envie de passer du temps avec son petit ami. Elle reprit alors contenance, réalisant que ce n’était toujours pas pour maintenant qu’elle rencontrerait son ami anglais.

« Une prochaine fois peut-être, je suis prise ce week-end-là. »

« Et tu ne peux pas t’arranger ? Je ne sais pas quand je reviendrai dans les environs. »

« Non, désolée. Je ne peux pas. Une prochaine fois Ewan. »

Et parce qu’elle n’avait pas envie d’argumenter plus longtemps, elle passa aussitôt en hors ligne, et ouvrit son sac pour récupérer ses cours, et bosser un peu. Mais elle n’avait pas la tête à ça. Pourquoi est-ce que sa seule possibilité de rencontrer enfin Ewan tombait le week-end que Gabe avait réussi à se dégager ?

 

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Elle réfléchit un instant. Elle aurait pu négocier avec Gabe pour qu’ils se retrouvent le soir, comme ça il aurait eu l’après-midi pour réviser, et elle pour aller voir Ewan. Ca aurait pu être une bonne idée. Elle pouvait envoyer un sms à Gabe et lui proposer ça.

Alors qu’elle allait prendre son téléphone pour envoyer un message à Gabe, elle se ravisa. Non. Il avait dû faire des pieds et des mains de son côté pour lui réserver son week-end, elle ne pouvait pas se permettre de lui dire qu’elle voulait passer l’après-midi ailleurs. Elle reposa son téléphone. Elle avait fait le bon choix. Ewan n’était que quelqu’un de virtuel. Le voir une fois ne changerait rien, elle ne le reverrait jamais après ça. Or Gabe était bien réel pour elle, et il avait été là pour elle depuis bien plus longtemps.

Elle hocha la tête pour se remettre les idées en place.

Elle passera son week-end prochain avec son petit ami, et tout sera parfait. Elle n’avait pas besoin de voir son ami du web. Et une fois décidée, et les idées claires, elle se concentra de nouveau sur ses cours.

 

 

 

 

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