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♪ L490 - Thirty Seconds To Mars

 

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Cela faisait deux semaines qu’il croupissait dans sa cellule.

Nate n’avait même pas été jugé, et simplement désigné coupable de détournement de fonds. Il n’avait pu apporter aucune preuve pouvant l’innocenter. Il n’avait pas pu trouver de solution pour s’en sortir depuis la découverte du détournement par An et Théo, ce n’est pas maintenant loin de ses comptes qu’il allait en trouver une. Celui qui avait fait ça l’avait bien fait, et avait réussi à s’en tirer, laissant Nate payer pour son crime.

Il soupira, et se tourna sur le flanc, faisant face au mur le long de sa couchette, et il glissa un bras sous son cou. C’est ainsi qu’il passait le plus clair de ses journées. N’ayant pas encore été jugé, il ne pouvait pas rejoindre les autres détenus, et les lieux communs. Il était donc seul, sans aucune possibilité de visite.

Une fois par semaine, il avait le droit à un appel de quinze minutes. Et il avait pu contacter ainsi Eliott tout d’abord, son « beau-frère » et avocat de la famille, du moins, seul avocat de la famille, afin de lui demander de l’aide sur ce coup-ci. Il pensait sincèrement qu’Eliott l’aurait aidé. Après tout, il était l’oncle d’An, il avait été proche de lui dans une autre vie, mais sa réponse lui avait scié d’autant plus les jambes.

 

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« Désolé Nate, je ne peux pas prendre ton dossier en charge. Il vaut mieux que tu trouves un autre avocat. Bon courage. »

Et il avait raccroché au bout de deux minutes de conversation. Il s’était donc retrouvé sans avocat, et avait gaspillé son appel dans le vent.

La semaine suivante, il n’avait pas fait la même bêtise. Il avait appelé la personne la plus à même de le comprendre à ce moment précis : William.

Son seul appel hebdomadaire, il l’avait fait à son meilleur ami. Ni à sa femme, ni à ses filles. Mais à son meilleur ami. Il ne sentait pas capable d’affronter Marine dans de telles conditions. Cela faisait donc deux semaines qu’il n’avait pas eu de nouvelles de sa part, ni de ses filles. Il n’avait pas de droit de visite, ou de courrier. Rien. Seul cet appel hebdomadaire le reliait au monde extérieur.

 

 

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Evidemment, William l’avait quasiment engueulé de l’avoir choisi lui plutôt que Marine pour ce très rare contact avec ses proches, et Nate s’était empressé de lui faire comprendre qu’il n’avait pas envie de perdre quinze minutes à s’engueuler avec lui.

- Sérieusement Nate, tu sais dans quel état elle est Marine là ? Elle va tourner folle !! Elle est rendue chez Julia tous les jours.

- D’où tu le sais, je croyais qu’elle t’avait mise dehors Julia ?

- Elle ne m’a pas mise dehors, je m’y suis mis tout seul. Mais je te rappelle qu’on n’est pas … rah, et puis merde ce n’est pas le sujet. Tu aurais dû l’appeler elle, pas moi !

- Je ne vais pas appeler Marine, lui avait rétorqué Nate. On s’est un peu … accrochés avant que les flics n’arrivent.

- T’as fait quoi encore ?

- Parle pas avec ce ton de moralisateur, c’est toi qui es en train de bousiller ton ménage je te rappelle. Je n’ai rien fait, enfin … Si, j’ai fait quelque chose, et je ne suis pas d’accord avec ce que j’ai fait.

- T’arrêtes de tourner autour du pot ? Il reste que dix minutes là, s’était impatienté William de l’autre côté du téléphone.

- Elle est enceinte.

 

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Et seul le silence lui avait répondu. Après dix secondes, Nate lui avait intimé de répondre, car il n’avait pas pris le téléphone pour discuter avec un muet. Ses minutes de communication étaient précieuses.

- Tu viens vraiment de dire que Marine est enceinte ? avait répété William.

- Oui.

- Et t’es pas content ?

- Tu veux que je te rappelle où je suis ? Bien sûr que je ne suis pas « content » comme tu dis. Je suis en taule William, et je ne suis pas près de sortir. Donc clairement, je ne suis pas ravi. Comme si la situation n’était pas assez difficile.

- Attends, ne me dis pas que tu lui as dit d’avorter ?

Cette fois-ci, c’est Nate qui s’était tu. Et William n’avait pas mis bien longtemps avant de comprendre la raison de sa dispute avec Marine. Il connaissait assez l’épouse de son meilleur ami pour savoir qu’avorter ne faisait pas partie de son vocabulaire.

- Mais tu n’es qu’un sombre imbécile ! Ça ne fait pas des années que vous cherchiez à avoir le troisième ? Et là tu lui dis de balancer le bébé avec l’eau du bain ? Tu m’étonnes qu’elle t’ait envoyé chier. Tu l’as mérité.

- Ta gueule, avait rétorqué Nate. Je ne t’appelle pas pour que tu me fasses la morale.

- Deux minutes.

 

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Un surveillant était passé à côté de Nate, lui rappelant la fin imminente de cette conversation. Il avait hoché la tête pour lui faire comprendre qu’il avait saisi, et avait reporté son attention sur William. Ce n’était clairement pas le moment de s’engueuler avec lui.

- Bon, Will, écoute, j’ai plus que deux minutes. Eliott refuse de me défendre. Je suis persuadé qu’il baigne dans quelque chose de pas net. Il faut que tu ailles voir An et Théo. Ce sont eux qui ont découvert ce qu’il se passait dans la boîte. Si quelqu’un peut trouver le moyen de me tirer de là, c’est eux. Tu peux faire ça ?

William avait acquiescé de l’autre côté du téléphone, se retenant de lui demander pourquoi l’avoir contacté lui plutôt que sa propre fille, et finalement, l’appel s’était coupé de lui-même, au bout des quinze minutes de communication. Nate avait raccroché le combiné comme il put sur le téléphone, et avait suivi le surveillant jusqu’à sa cellule.

 

 

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Et depuis, évidemment il n’avait eu aucune nouvelle. Il lui restait quatre jours à attendre avant qu’il puisse de nouveau contacter son meilleur ami. Quatre jours d’attente interminable. Il ferma alors les yeux, lassé de contempler le mur devant lui, quand quelqu’un frappa à la porte de sa cellule. Il sursauta, et se redressa assis sur sa couchette.

- Handers, parloir !

Il s’assit sur le bord du matelas, et tira son fauteuil à lui avant de faire un transfert. Il n’avait pas le droit au parloir pourtant. Pas tant qu’un juge n’aura pas statué sur sa situation. Totalement sous l’incompréhension, il alla jusqu’à la porte, et frappa contre celle-ci pour indiquer au surveillant qu’il sortait. On lui déverrouilla la porte, et il suivit le maton jusqu’aux parloirs, où l’attendait, derrière une vitre, une parfaite inconnue. Une jeune femme qui devait avoir tout juste trente ans, les cheveux bruns coupés au carré et un air déterminé qui se lisait dans ses yeux. Il regarda autour de lui, cherchant une explication qu’on ne lui donna pas, et la jeune femme lui adressa un petit sourire encouragé, ce qui le confortait dans son idée : elle était là pour lui.

Il s’approcha alors du poste, cherchant à comprendre ce qu’il se passait.

 

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- Bonjour Monsieur Handers, lui dit la femme. Je suis Chelsea Swann, enfin, Maître Swann. Maître Thatch m’envoie pour vous défendre.

Nate écarquilla les yeux, ne s’étant pas du tout attendu à ce que Eliott l’aide, vu la conversation qu’ils avaient eu la dernière fois. C’était plutôt surprenant. Il se présenta à son tour, se rendant bien compte que ça ne serait pas forcément utile, elle devait déjà tout savoir de lui vu qu’elle devenait son avocate.

- Vous sortez demain, dit-elle pour commencer. Ils n’ont aucune raison légale de vous garder plus longtemps. Pas de preuve contre vous ne fait pas de vous un criminel.

Elle lui sourit, essayant d’être la plus avenante. Nate soupira longuement à cette annonce, et il eut l’impression de se ratatiner sur sa chaise.

- Maintenant, il va falloir qu’on se débrouille pour passer devant le juge, sans peine ni amende. On devrait y arriver, il n’y a rien dans votre dossier qui prouve que vous soyez le coupable. Ça ressemble plutôt à une escroquerie …

- Merci, dit finalement Nate. Je ne pensais pas que Eliott changerait d’avis à mon sujet.

- Oh, il n’a pas changé d’avis. C’est votre fille, An, qui est allée faire un scandale dans son bureau, dit-elle avec un sourire amusé qui lui faisait bien comprendre qu’elle avait assisté à toute la scène.

 

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Nate sourit aussitôt, fier de la ténacité de sa fille qui était capable de soulever des montagnes pour le tirer de là. L’avocate sortit un dossier qu’elle posa devant elle. Elle l’ouvrit, sortit un bloc-notes et un crayon.

- Monsieur Handers, reprit-elle, si on commençait à établir votre défense.

Nate acquiesça, et il se rapprocha de la cloison vitrée pour regarder le dossier que lui présentait l’avocate et lui racontait tout ce qu’il savait de l’affaire. Savoir qu’il sortirait d’ici dès le lendemain lui donna une motivation de plus pour se battre. Mais une chose restait floue dans son esprit : après leur dispute et ces deux semaines de silence, que dirait-il à Marine quand il la reverrait ?

 

 

 

 

 

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