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Nous sommes rentrés sans dire un mot. Dès que nos bras se frôlaient, je faisais un pas sur le côté par automatisme, sous les regards incompris de Meredith. Je pense que je vais devoir m’expliquer ce soir, et ce ne sera pas de gaieté de cœur, ça risque même de mal se passer …
Plus on s’approchait de la maison, et plus une forme encore mal définie se faisait apercevoir, appuyé contre la porte.
- Cory ! lança Meredith avant de se précipiter vers lui, sous mon regard étonné.

 

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Celui-ci la prit alors dans ses bras, tandis que je l’entendais s’exclamer, très certainement de joie puisque cela faisait plusieurs semaines que nous n’avions pas vu Cory. Je m’approchai alors d’eux, suspicieux.
- Bonjour Cory, lui dis-je une fois à sa hauteur.
Il se détacha de Meredith pour venir me serrer la main, comme d’habitude.

 

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- Salut. Ça va bien vous deux ?
- Nickel, répondit Meredith en me prenant de court. Et toi ? Je suis trop contente de te retrouver si tu savais !
- Je m’en doute, quand je vois à quoi j’ai droit.
- Et que nous vaut le plaisir de ta visite ? demandai-je.
- J’ai un … problème, répondit-il, gêné.
- Bah entre, viens, je te paye une limonade… lui sourit Méré avant d’entrer dans la maison, nous deux à sa suite.

 

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Une fois installés dans le salon, limonades posées sur la table basse, toute l’attention se tourna vers Cory qui baissait la tête, honteux.
- Il y a un truc qui va pas Co’ ? commença Méré.
- Je … je trompe Enzo, lâcha-t-il directement.
J’écarquillais alors les yeux et vis que Meredith faisait de même.

 

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- Il s’appelle Oliver, il a notre âge et je l’ai rencontré dans un pub … Mais je m’en veux, je trahis Enzo alors qu’il ne peut rien y faire …
Il avait l’air totalement désemparé, et Meredith ne savait pas finalement quoi foire pour le rassurer, surement parce qu’elle considérait Enzo plus vivant que mort, à contrario de moi.

 

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- Cory … débutai-je, pas très à l’aise, ne te dis pas ça … Tu n’y peux rien, Enzo non plus. On ne sait pas ce que peut penser Enzo, s’il vit ou non, mais je ne pense pas qu’il aimerait te voir triste comme avant, il préfèrerait te voir sourire … Tu ne dois pas t’arrêter de vivre, il ne se réveillera peut-être jamais, tu ne dois pas t’empêcher de vivre …
- Mais … mais s’il se réveille ?
C’était l’évidence même, Enzo pouvait se réveiller à n’importe quel moment, tout de suite, demain, dans deux semaines, dans dix ou cinquante ans … Mais est-ce une raison valable de s’arrêter de vivre ? La vie est faite pour les vivants, pas pour tourner autour d’une personne sans avenir …
- Si il t’aime, il te comprendra, lui dit Meredith.
A cet instant, le téléphone fixe de la maison résonna dans tout le salon, et je me précipitai dessus, espérant que ce soit le docteur Brooks, pour m’annoncer que j’avais encore un an voir deux avant de me faire opérer.

 

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- Allô ? fis-je une fois que j’eus décroché le combiné.
- Je suis bien chez Gil Anforth ? demanda une voix masculine, ce qui me fit battre le cœur à tout rompre.
- Oui.
- Je voudrais parler à Aaron Hart …
- C’est lui-même.
- Ah, Aaron, c'est le Dr Kaiser. Je n’avais pas reconnu ta voix, pardonne moi.
- C’est rien, lui assurai-je. C’est au sujet de mon écho ? demandai-je aussitôt histoire de finir au plus vite.
- Oui… J’ai les photographies sous le nez, et je dois avouer que c’est assez troublant. A première vue, les calculs de ma remplaçante sont exacts, mais je voudrais m’en assurer, bien que tout soit déjà réglé …
Je me décomposai aussitôt. Ainsi donc, elle ne s’était pas trompée. Et cette idée ne me réjouissait pas du tout.
- Aaron ? Tu m’écoutes ?
- Hein, ah oui …
- Je voudrais te revoir dans le courant de la semaine prochaine si possible …
- Ca risque d’être difficile, je pars en vacances, et tout est déjà programmé … Dans deux semaines, ce serait possible, ou je dois annuler …
- Attends, je regarde … Non, ce sera bon, disons, le premier mercredi deux septembre, dix heures ?
- Je note.
- Très bien. Bonne vacances Aaron.
- Merci, au revoir.

 

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Une fois le combiné à sa place, je me laissai tomber au sol, désarmé. J’avais l’impression d’avoir reçu un autre coup de massue. J’étais pourtant au courant, je n’avais pas à remettre en doute le diagnostic de la remplaçante, mais voilà que ça se confirmait vraiment. Dans eux semaines, la date de mon opération sera fixée, le rendez-vous avec l’anesthésiste sera pris … et Meredith n’est toujours pas au courant …
Ma vie est un bazar intersidéral !

 

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La porte d’entrée claqua, et ce son me sortit de ma torpeur. Je n’avais pas réellement bougé, je m’étais juste laissé tomber contre le sol, où j’avais du m’assoupir. Des bruits de boots sur le parquet me prévinrent de son arrivée, et je me redressai, restant malgré tout assis au sol.

 

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Elle s’agenouilla en face de moi, l’air grave.
- Il va falloir qu’on cause toi et moi, je commence à saturer …
- Pardonne moi …
- Crois pas que je vais te pardonner aussi facilement Aaron ! Tu te mets le doigt dans l’œil jusqu’au coude !
- Je suis allé voir le cardiologue … je t’ai rien dit, je voulais pas t’inquiéter … mais je vais me faire réopérer …

 

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En prononçant ces mots, je me recroquevillais sur moi-même, alors que j’entendis Meredith tomber mollement au sol, les sangles de ses rangers s’entrechoquant sur le parquet.
Je savais que mes opérations étaient sa hantise à mon égard, qu’elle imaginait le pire, mais moi-même, je ne trouvais pas la force de la réconcilier, de la rassurer, de lui dire que tout allait bien se passer, car moi-même, je n’en étais pas convaincu. Plus j’y pensais, et moins j’avais l’impression que j’en survivrai.


J’en ai marre … laissez-moi mourir en paix…

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