
- JE VAIS RENDRE MON INSIGNE ET ME RECONVERTIR DANS LE STAND UP !
Un bruit de collision accompagna ce cri qui réveilla tout l’immeuble.
Carmen, qui s’était assoupie cinq minutes dans le canapé se releva aussitôt au hurlement de sa compagne. Elle regarda autour d’elle et vit au sol l’insigne d’Akira, jeté comme une simple breloque sans valeur. Elle se releva alors, récupéra l’objet et s’approcha de son épouse qui était actuellement dans la cuisine, le visage dans ses bras posés sur la table, l’ordinateur ouvert devant elle. Elle posa l’insigne sur la table, et glissa sa main sur la nuque de la femme, essayant de la réconforter.
- Qu’est-ce qu’il se passe Aki ?
Carmen s’assit finalement en face de l’inspectrice. Akira releva la tête, et ne put s’empêcher de sourire en voyant le visage inquiet de sa compagne. Elle ferme l’ordinateur et lui prit les mains, voulant se montrer rassurante.

- Excuse-moi. Je me suis emportée.
- Un problème avec ton enquête ?
Akira soupira et enfonça sa tête dans ses épaules. Un problème. Le mot était faible.
- Je viens de recevoir un mail de mon supérieur. Ezra Summers est innocent. Ils ont vérifié son alibi, il a été filmé par les caméras de surveillance d’Augusta la nuit du crime. Ce n’est pas lui.
- C’est plutôt bien, non ? Ça fait un innocent de moins derrière les barreaux, non ?
- Certes, mais ça me ramène au point de départ. Je me retrouve avec un crime dont je connais parfaitement l’instigateur, mais je n’ai aucune preuve pour l’inculper. Et je sais qu’il a une taupe dans la police, ce n’est pas possible autrement.
Carmen caressa la main de Akira, essayant de la soutenir comme elle pouvait. Elle n’était pas du monde de la police, et savait qu’elle ne pouvait pas y faire grand-chose, si ce n’est lui apporter autant de réconfort possible.
Elles restèrent ainsi pendant un moment, quand finalement la sonnette de l’appartement retentit. Carmen se leva, Akira s’étant de nouveau fermée. Elle jeta un œil autour d’elle, voir si Akira n’avait rien cassé dans sa colère, et ouvrit la porte finalement.

Dans le couloir, se tenait deux hommes, dont un que Carmen connaissait parfaitement puisqu’il avait été témoin à son mariage. Quant à l’autre, il lui était totalement étranger.
- Bonjour Matt. Tu tombes bien, Akira pète un câble.
- Salut Carmen. Justement, je pense que je vais l’aider sur son affaire. Je te présente un ami de la famille : Roger Eillis.
Roger, ou plutôt Eliott Thatch, hocha la tête mais regarda malgré tout autour de lui. Mathieu avait beau l’avoir grimé pour qu’il ne soit pas reconnu, il devait avouer qu’il n’était pas très rassuré. Il donna d’ailleurs un léger coup de pied dans le talon de Matt pour lui faire comprendre qu’il préférerait largement être à l’intérieur de cet appartement plutôt que dans le couloir.
- Ah oui, pardon Roger. Entre.
Il passa devant Matt et se faufila à côté de Carmen pour entrer dans le salon. Akira sortit à ce moment là de la cuisine, et eut un temps d’arrêt devant l’étranger dans son salon. Alors qu’elle allait lui demander de décliner son identité, Matt apparut à son tour, avec un sourire jusqu’aux oreilles.

- Salut Aki. Tu te souviens de Roger Eillis ?
Elle s’arrêta un instant et écarquilla les yeux. Elle ne connaissait pas de Roger Eillis. C’était quelqu’un d’autre. Mathieu avait un don indéniable pour camoufler les gens derrière des déguisements, mais elle mit un bon moment avant de reconnaître Eliott derrière cette tenue improbable. Quand elle réalisa qui elle était, elle sourit à son tour. Carmen s’empressa de fermer la porte de l’appartement, et de rejoindre le trio.
- Ravie de vous revoir Roger, dit Akira en rentrant dans le jeu de Matt.
Il devait probablement craindre d’être suivi ou sur écoute. Prudence était de mise. D’un commun accord et dans le plus grand silence, chacun sortit son téléphone portable et le rangea dans le placard de la télévision, avant d’allumer cette dernière pour faire un bruit de fond. Puis Akira, d’un geste, attira les deux hommes avec elle dans la salle de bain. C’était une pièce sans fenêtre et assez loin de la porte d’entrée pour que quelqu’un puisse capter la conversation.

- Je suis tellement contente que vous soyez là, dit-elle en faisant bien attention à ne pas le nommer au cas où quelque chose filtrerait.
- Je ne sais pas si je peux dire la même chose, souffla Eliott.
Il s’assit sur le rebord de la baignoire, et Matt s’assit sur les toilettes, regardant autour de lui.
- Merci pour l’intimité Aki, dit-il en riant.
- Je n’ai pas mieux. Donc, Roger. Vous aviez quelque chose à nous dire ?
Il hocha la tête et sortit de sa veste un dossier. Celui à la reliure verte. Le dossier de reconnaissance de paternité de Georg-Kaitlin. Akira prit le dossier, et le feuilleta, écarquilla les yeux à chaque phrase avant de laisser échapper un hoquet de stupeur devant la somme de l’assurance vie. Elle tendit le dossier à Matt, indiquant du doigt la somme en question.
Quatre millions de dollars. Matt s’étrangla avant de tousser pour reprendre sa respiration. Akira le regarda un moment, inquiète, avant de voir qu’il gérait plutôt bien. Elle le laissa donc tousser, et se tourna de nouveau vers Eliott et lui rendit le dossier.

- C’est une copie ?
Eliott acquiesça et Akira le remercia avant de poser le dossier sur le meuble à côté. Elle prendra tout le temps nécessaire de le lire un peu plus tard.
- Vous savez à quoi ça va servir ?
- J’ai des doutes, mais je ne sais pas.
- Est-ce que Burlington ça vous parle ? demanda Matt une fois qu’il eut retrouvé sa respiration.
Eliott releva la tête vers Matt mais hocha la tête en signe de négation. Mayers ne lui avait jamais parlé de Burlington. Il était assez évasif sur son réseau, ou ses activités. Ce qu’il savait se limitait à son dossier judiciaire auquel tout le monde avait accès.
- Et pour son fils ? reprit Akira. Vous en savez plus.
- Je devais le chercher, et je l’ai trouvé. En France.
- Ça merci, je le savais déjà, dit Mathieu. C’est limite si je ne l’ai pas accompagné à l’aéroport. Tu sais autre chose ?
Eliott ferma les yeux, et se concentra. Il avait entendu un prénom, quelqu’un que Brooke devait envoyer à la suite de Georg-Kaitlin pour le surveiller, et le faire revenir.
- Hyde, dit-il finalement.

Mathieu écarquilla les yeux. Il avait dit quoi. Il s’approcha de Eliott pour le faire répéter, ce qu’il fit sans sourciller.
- Hyde. Il a dit à sa compagne de contacter Hyde et de l’envoyer là-bas.
- C’est qui Hyde ? demanda Akira en regardant Mathieu. Là, c’est toi qui sais quelque chose que j’ignore.
- Hyde, c’est un nom de code. Celui de Spencer Jekyll. L’homme à tuer de Mayers.
- A tuer ? Tu veux dire qu’il veut tuer son fils ?
- Quelles sont les conditions qui bloquent l’assurance vie ? demanda Matt, soudain très grave, et ignorant la remarque d’Akira.
- Elle sera débloquée à son décès à destination de ses héritiers, à moins que son héritier décide de lever les scellés au bénéfice de son père.
- Et s’il n’y a pas, ou plus, d’héritier ?
- Les scellés sont levés, et il peut y avoir accès.

Akira pâlit instantanément et tituba. Elle se maintient au mur, essayant de faire le point mentalement. Harry Mayers avait trois enfants, dont seulement deux avaient été reconnus. William, son fils naturel, Julia, sa fille adoptive qui a juridiquement fait annuler l’adoption pour épouser William, et Georg-Kaitlin, fils naturel non reconnu.
A l’heure actuelle, seul William peut revendiquer l’assurance du patriarche. Georg-Kaitlin peut à tout moment demander la reconnaissance et ainsi hériter des biens.
Mayers a donc deux choix : passer par William pour débloquer l’héritage ou reconnaître Georg-Kaitlin pour faire de même. Son aîné refusera de se mêler au père : plutôt le laisser crever dans sa merde et bénéficier du pactole à sa mort. Quant à Georg-Kaitlin, il a encore la possibilité de le faire pencher de son côté. Et si jamais il n’y arrive pas, Hyde sera là pour résoudre le problème.
- Il va tuer ses fils, balbutia Akira. Hyde a été envoyé pour tuer Georg-Kaitlin, et William est en danger.
- On a un problème qui vient de se greffer Akira. Hyde est mort il y a vingt ans.