
Pitié, pitié, pitié, pitié, pitié …. Ne me dites pas que c’est l’autre imbécile, là, en face de moi, en train de porter Fiona tout en tenant une autre fille par la main ? Ayez pitié de moi !
- Bon, ben je te laisse, je vais déranger, bonne fin de journée, à demain, me fit Emilien.
Non non non non non non ! Ne part pas, par pitié… Mais ça ne servait absolument à rien de le prier mentalement, ça n’allait absolument rien faire. Je hais les garçons, c’est décidé !

Priam lâcha les naines qui partirent jouer dans le parc pour s’approcher finalement de moi, qui ne bougeai plus d’un millimètre. Tête baissée et bras croisés dans mon dos, j’essayai de penser à ma soirée, qui allait être tranquille et très loin de cet imbécile qui s’approchai de plus en plus de moi jusqu’à se retrouver pile en face de moi, je voyais ses pieds parfaitement dans ses baskets dorées.
- Mélie.

Pour toute réponse, je grognais, rien d’étonnant vous me direz, surtout connaissant mes origines, mais en tout cas, ça ne sembla pas au goût de mon « interlocuteur » qui s’avança vers moi, m’attrapa les poignets pour me forcer à le regarder.
Et bien que ma tête fut en face de la sienne, je ne le regardais pas.

- Mélie, regarde moi ! Laisse-moi t’expliquer merde !
- M’expliquer quoi ? A quel point tu es désolé que je t’ai vu, ça t’aurait évité des explications pompeuses … soufflai-je sans le regarder.
- Tu fais fausse route Mel ! continua-t-il en me secouant pour me faire réagir, ce qu’il obtint puisque j’ouvris finalement les yeux sur lui.

Purée qu’il était beau. Même en colère, Priam était un véritable dieu grec, son prénom ne pouvait que lui aller. Ses grands yeux marron me faisaient fondre, sa peau légèrement tannée me semblait agréable au toucher, et j’avais envie de poser ma main sur sa joue pour le vérifier moi-même, ses cheveux de jais lui retombant sur le visage lui donnaient cet aspect mystérieux qui me faisait fondre. Il connaissait ses atouts et leurs effets sur moi, et il ne se privait pas pour en profiter, comme maintenant.

Il retira une de ses mains de mon poignet pour la poser sur ma joue et la caresser du bout du doigt. A ce contact, je fermais les yeux, afin d’en profiter, mais également pour rassembler mon courage pour ne pas lui sauter dessus tout de suite. Oui, je suis faible, surtout face à lui, il ne vous faut pas d’explication plus prolongée je pense.
- Mélie … me souffla-t-il doucement.
J’ouvris alors les yeux, croisant son regard chaleureux, avant de poser la question qui me brûlait les lèvres depuis deux jours.

- C’est qui ? La blonde ?
- Que …
- Réponds, où tu vas passer un sale quart d’heure. Tu as peut-être bloqué mes mains, mais je te rappelle que je sais me servir de mes genoux !
- Une amie de fac, me répondit-il finalement.
- Tu tiens tes amies de fac par la main ? C’est nouveau ? Surtout le jour où tu m’avais promis de m’amener sur la tombe de Papa !!
Voilà, c’était sorti. Ça me faisait mal partout, mais j’en avais marre de garder mes doutes au fond de moi, ça me faisait plus de mal que de bien. Priam ne disait plus rien, finalement il allait peut-être se sentir enfin coupable de ce qu’il s’est passé lundi soir, je l’espère en tout cas.

- Elle s’appelle Olympe, me souffla-t-il en se détachant de moi. Elle est en cours avec moi, et je la connais depuis trois ans, voilà. Et si je la tenais par la main, c’est à cause d’un coup de main que je devais lui filer, elle ne voulait pas qu’un certain gars s’approche d’elle, je pensais la lâcher avant Van Heim, mais ce con nous a suivi…
- Tu crois que je vais gober ça ?
- Je ne te dis que la vérité. Est-ce que je t’aurais menti une seule fois Mel, dis moi…

- Euh je … non, avouai-je finalement avant de me sentir complètement débile d’avoir piqué ma crise de jalousie inutile.
- Tu me pardonnes ? me demanda-t-il en reprenant mon poignet. Ou je dois me mettre à genoux pour te supplier de bien vouloir me pardonner ? Je te demande pas de me reprendre comme petit ami, mais on est amis avant tout …

Pour seule réponse, je m’approchai de lui et l’embrassai timidement sur le bout des lèvres. Je n’aurais jamais supporter ne me comporter que comme une amie avec lui, pas après lui avoir avoué qu’il me plaisait. Jamais je n’aurais pu le regarder comme avant, alors autant tenter l’aventure jusqu’au bout, en oubliant cette micro-crise.

En me détachant de lui, je le regardai droit dans les yeux. Il avait l’air soulagé que je ne me sois pas mise à hurler où que je ne pique ma crise, pour autant, il n’avait pas eu la réponse qu’il attendait de ma part, et il ne manqua pas de me le rappeler.
- Tu me pardonnes ?
- Rêve pas. Je l’ai encore au travers de la gorge si tu veux tout savoir, j’ai juste pas envie qu’on se dispute en ce moment …
- Ah, fit-il, de la déception dans la voix.
- Je te donne une seconde chance, fais-en bon usage.
Je lui tendis alors la main, qu’il accepta avant que nous nous avancions vers les quatre zigotos qui continuaient d’en faire voir de toutes les couleurs à Waly.

A notre arrivée, Rob nous remarqua en premier, les yeux exorbités.
- Eh ! Regardez ce sue je vois là, dit-il aux autres qui se tournèrent à leur tour.
Je rougis et me tassais sur moi-même, Priam n’avait pas l’air très fier non plus, et les autres éclataient de rire, visiblement étonné de nous voir.

- C’est nouveau ça ? lança Sean alors que nous nous arrêtions devant eux.
- Je suis déçue que tu m’aies rien dit Mel ! souligna Ivy.
- Idem, bougonna Rob. Priam, tu es un traître, on avait pas le droit de toucher à Mel, c’était le marché !
- Le marché ? m’étonnai-je.
- Oui, comme quoi on ne sortirai pas entre nous cinq, et comme Fiona est trop petite, on avait juste parlé de toi avec Priam, me dit Sean.
- Ah bah d’accord, merci de m’avoir mise au courant.
- Tu nous fais des cachotteries aussi, me dit Rob.
- Désolée les gars. On avait pas envie que les vieux soient au courant, où on va se faire tuer !
- Sûr que six ans de décalage, nous rappela Ivy.
- Tant que ça ? s’étonna Waly qui semblait ravie que Ivy l’ait oubliée.
- Ouais, confirma alors Priam. Bon, je vais devoir retourner m’occuper des pestes. Je te laisse Mel.

Il m’embrassa alors sur la joue, à quelques millimètres de mes lèvres, avant de tourner les talons et de rejoindre Fiona et Jane, tandis que j’étais la ligne de mire des autres regards autour de moi. J’imagine pas leur tête si Priam m’avait embrassée devant eux, ils auraient plus de mâchoires. Cette pensée me fit sourire et je retournai m’asseoir entre Rob et Sean comme si de rien n’était, tandis que Ivy manigançait avec Dawson le sort de Waly.
- A l’eau ! lançai-je, m’impliquant pour la première fois dans cette fête d’anniversaire.

Dawson chopa Walypar les hanches, alors qu’elle commençait à se plaindre, réalisant ce qui allait lui arriver, pour la jeter dans la fontaine, sous nos rires à tous les quatre.
Elle lui lança des noms d’oiseaux, ce qui ne fana pas le rire de Dawson qui plongea à son tour, nous envoyant de l’eau, voulant nous rameuter avec eux.

Même pas en rêve !