
Ma fin de semaine s’était passée plutôt tranquillement, et les autres également.. Priam venait me chercher tous les soirs à chaque fin de cours, on passait une heure ou deux ensemble en ville à la sortie des cours, de préférence là où on ne serait pas susceptibles de croiser des gens que l’on connaisse, et sachez que c’est pas évident de trouver ça dans une ville comme Bloomington, où nos familles sont connues comme le loup blanc. Néanmoins, on se débrouillait, et on ne s’était pas encore faits attraper !

On était samedi soir, et je traînais dans la cuisine tandis que Maman et Drew étaient dans les bras l’un de l’autre dans le canapé, à discuter de tout et de rien. Barbant. Je m’étais donc réfugiée dans ma chambre, avant de partir à la chasse au pop corn, histoire de grignoter devant le dvd que je venais de choisir.
Visiblement, ils ne m’avaient pas entendus descendre, puisque de la cuisine, je les entendais parler … de moi, entre autres. Ce qui n’est pas vraiment ce que je préfère.
Abandonnant alors mon estomac à sa crise de gourmandise, je m’approchais de la salle et m’adossai contre le mur, l’oreille à l’affût.

- J’ai eu des nouvelles de Raise, lâcha ensuite Maman.
Un froissement s’ajouta à ses paroles, et je glissai ma tête vers le salon. Elle venait de sortir une lettre d’entre les coussins du canapé pour la donner à Drew.
- Elle est adressée à Mélie, s’étonna-t-il ensuite.
- Oui, c’est ça qui m’inquiète. Je n’ai pas envie qu’elle le retrouve …

Je me figeai, ne réagissant pas vraiment à ce qu’il se disait à côté. Je ne retenais que ces derniers mots, sans écouter la suite. Ce que j’avais entendu me suffisait et mes larmes roulèrent d’elles même sur mes joues, sans que je ne puisse rien y faire.
Mon oncle me cherchait, il voulait me voir, il m’écrivait et Maman me le cachait.
Je passai une main sur mon visage, et prit la direction de ma chambre le plus discrètement possible, et bien évidemment, comme tout à l’heure, ils ne me remarquèrent pas.

Une fois dans ma chambre, assise sur mon lit, j’avais attrapé mon téléphone portable, et j’appelais Priam, ou du moins essayais. J’avais besoin de parler, et je sais qu’il viendra si je lui disais que j’avais besoin de lui.
- Oui ?
- C’est moi, fis-je en reniflant.
- Ça va pas Mélie ? s’inquiéta-t-il aussitôt. Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Tu peux venir ? S’il te plait … soufflai-je dans le combiné avant d’éclater de nouveaux en larmes.
- Tout de suite. Donne moi dix minutes !
Il raccrocha aussitôt tandis que je m’allongeais sur le lit, en chien de fusil, à attendre son arrivée, les yeux clos.

Un peu plus de dix minutes plus tard, on toqua à la porte vitrée de ma chambre, et je n’eus même pas besoin de relever la tête pour voir que c’était Priam. Il n’attendit pas de réponse de ma part et ouvrit la porte, passa dans ma chambre pour s’asseoir finalement sur mon lit, et me prendre dans ses bras, tandis que je pleurai contre lui.

Je n’arrivai pas à parler, je voulais juste rester là, contre lui, sentir son parfum, m’endormir dans ses bras et ne plus penser à ce que je venais d’entendre.
Il ne cherchait pas à savoir non plus, se contentant de me bercer doucement, ponctuant le tempo de quelques « shhh » censés m’apaiser, et alors que je commençai à m’endormir, il me murmura un « je t’aime » … à moins que je ne sois déjà en train de rêver …