Une semaine plus tard. Vingt heures trente.

La fête avait l'air de battre son plein alors que j'arrivais auprès de la maison indiquée par Meredith, avec Raise.
Bien évidemment, il ne fallait pas compter sur nous deux pour arriver à l'heure, môssieur Raise a toujours un truc à faire à la dernière minute, comme par hasard.
- J'espère pour toi que c'est pas une de ses boums d'adolescente, commença à grogner Raise, comme à son habitude quand je le forçais à me suivre.
- Bien sûr. Tu verrais le look de Meredith, tu dirais pas qu'elle tape dans le bisounours non plus, riai-je.
- En tout cas, niveau fric, c'est pas mal. Matte moi la baraque !

Et en effet, devant nous se dressait une maison gigantesque, de couleur jaune, avec très peu de fenêtres, un jardin autour. Le grand luxe. Ca me donne envie de voir l'intérieur.
D'ici, on pouvait entendre la musique, et je vis Raise soupirer de soulagement.
- Tu vois, c'est pas du Lorie, dis-je en me moquant de lui.
- C'est ça, moque toi sale roux ! Je vais rien dire !
- Mais nan, tu vas rien dire, je te connais comme si tu étais moi même !
- Lolant. Bref, on entre ?

Je levai les yeux au ciel devant l'attitude exaspérante de mon frère, tout en croisant les doigts qu'il foute pas la merde avec son attitude de rabat joie, ou je suis pas sorti de l'auberge, je vais être accusé de suite, c'est moi qui l'aurait amené avec moi, et je peux faire genre on se connait pas, on est jumeaux, même si on est pas identique, je vais pas faire croire malgré nos ressemblances que c'est un parfait inconnu.

Je sonnai finalement à la porte, dans l'espoir que quelqu'un m'ait entendu malgré le brouhaha, ce qui ne se fit pas dans l'immédiat, ce qui eu pour don de déclencher les rires de mon frangin adoré.
- On ne veut pas de toi à cette soirée, me lança-t-il, explosé de rire.
- C'est toi qui leur fait peu...
A ces mots, la porte s'ouvrit, me coupant dans ma phrase.

Meredith se tenait dans l'embrasure, toujours souriante, avec ce visage qui nous mettait complètement en confiance dès le premier regard, avec ses yeux bleus plein de vie, et ses cheveux en pétards.
Elle était vêtue d'une petite robe bleue, qui lui allait très bien, ainsi que de grosses boots noires aux pieds, ne m'étonnant même pas, je crois que c'est l'accessoire indispensable chez elle.
- Bonsoir Aaron, me dit-elle enjouée.
- Désolé du retard, problème de plâtre avant de venir, dis-je en jetant un regard à mon jumeau, qui commençait à s'énerver dans son coin.

- Salut, dit-elle s'approchant de Raise.
- 'jour.
- Moi c'est Meredith, Aaron ne m'a même pas dit ton nom, ou je ne m'en rappelle plus.
- Raise, fit-il d'un ton sec, bah bonjour l'ambiance, c'est moi qui vous le dis, quelqu'un vient me sauver ? Pas tentés ?
- Entrez, fit-elle finalement, ne faisant fi de l'attitude de Raise.
Ce dernier d'ailleurs me chopa par le bras, m'éloignant ainsi de Meredith, avant de me souffler à voix basse à l'oreille.
- Heaven est beaucoup mieux que cette punkette, c'est moi qui te le dis.
Je me détachai de lui, afin d'entrer dans la maison, sans faire attention à ses remarques désobligeantes. Quelle idée j'ai eu de l'emmener avec moi. Ok, au début, c'était pour la bonne cause, à savoir l'éloigner de ma mère pour qu'il évite les conneries, mais je commence vraiment à regretter.

L'intérieur de la maison me laissa sans voix, cette baraque était immense, et le rez de chaussé n'était qu'une grande pièce principale, le salon se tenait en bout de la maison, illuminé par une immense baie vitrée, qui prenait toute la hauteur du mur.
C'était pas une maison de pauvres bougres, je peux vous en assurer.
J'étais tellement subjugué par la taille de la bâtisse, que je ne fis pas attention aux personnes présentes dans la maison, jusqu'à ce que je tombe nez à nez avec la grande perche, à mon plus grand malheur, bouteille de bière en main.

- Tiens, qui voilà, me fit-elle avec son air hautain. Le JFK.
- Aaron, fis-je le plus calmement possible.
- On s'en fout. Tu fiches quoi dans le coin ? Un besoin d'amis ?
- J'ai été invité, dis-je tout en restant calme, pas la peine de m'emporter, je vais tout foutre en l'air.
- Invité, toi ?
Elle but une gorgée de bière avant de me détailler.
- Laisse moi rire.
- Retourne voir tes potes, et fout moi la paix, cinglai-je en me retournant.

- Eh ! Tu me causes meilleur, commença-t-elle à s'emporter en posant sa main sur mon épaule.
Zen, zen, zen ...
- Je te cause !
- Et toi, tu me fais chier, fous moi la paix si tu veux pas te retrouver face contre terre !
Elle se mit à me rire au nez jusqu'à ce que Raise débarque, visiblement en colère, avant de choper la brune, décidé à la calmer.

Ce qui ne loupa pas, puisque qu'elle se retrouva au sol, sur le dos, sous le coup de mon frère, porté à son visage.
Tout le monde se tut, laissant place à un grand silence, seule la musique hurlée par la chaine hifi cassait le silence. Les invités dirigèrent tous leurs regards dans la direction de Raise et Cynthia, et je me sentais pas du tout à l'aise, je savais que j'aurais jamais du venir.
- Je ne veux plus t'entendre, gronda Raise.
La grande perche ne dit pas un mot de plus, visiblement tétanisée par ce que venait de réaliser mon frangin, qui se fichait pas mal du principe selon lequel on ne frappe pas une femme. Avec lui, quand il s'agit de frapper, il ne fait pas de distinction de sexe.

C'est à ce moment là que Meredith apparut, suivie de près par Florian, que je n'avais pas encore vu de la soirée, toujours avec son air de supériorité qui avait le don de m'exaspérer au plus haut point. C'est pile le genre de personne qui devrait pas exister dans mon monde parfait, ennemi public numéro un, avec mes parents, la grande perche et les moisis !
- C'est quoi ce bordel !? grogna-t-elle tandis que Cynthia s'assit dans une position un peu plus décente.
- Je calme les ardeurs de ta pote, expliqua Raise, le plus simplement du monde.
- C'est toi qui devrait te calmer si tu veux mon avis.
- Répète pour voir ? dit-il en s'approchant d'elle.
Putain, ça sent pas bon du tout cette histoire. Je m'approchai alors de Raise, histoire de le contenir un peu, j'ai pas envie qu'il fasse un massacre.

- Ça me gênerait de te foutre par terre la punkette !
- Tu te calmes ! Tu lui parles pas comme ça, réagit aussitôt Florian pour protéger sa petite amie.
- Je lui parle comme je veux à ta meuf. On touche à mon frère, je réagis, c'est tout.
- Raise, calme-toi, dis-je finalement. On va rentrer.
- Ouais, vaut mieux. Je savais bien qu'on aurait pas du venir.
Il partit donc en direction de la porte, sans même jeter un regard à sa victime encore assise au sol, avant de claquer la porte, une fois qu'il fut dehors.

Je m'apprêtais à le suivre, quand Meredith me rattrapa juste devant la porte, peu encline à me laisser filer à mon tour.
- Reste, pour moi.
- Tu me donnes une raison valable ? Tes potes veulent ma mort ! Je crois que ça suffit pour que je me casse, j'aurais jamais dû accepter ton invitation.
- Méré ? nous interrompit la voix de Florian.
- Deux minutes, je reviens vite, lui dit-elle en souriant.
Puis elle se tourna vers moi, avant de m'attraper la main.
- Suis moi, je veux te parler seule à seul.
Je haussai bêtement les épaules, avant de la suivre jusqu'à l'étage, devant ce qui devait être sa chambre.

- Personne ne viendra ici, et j'ai un truc à rendre à Mélodie, donc voilà.
Je ne bougeais pas, ne comprenant pas trop ce qu'il se passait.
- Tu voulais me parler de quoi ?
- Pourquoi as-tu accepté de venir si ça ne t’intéressait pas ? me demanda-t-elle en cherchant un livre dans sa bibliothèque.
Bah tiens, si je m'attendais à ça. Pourquoi suis-je venu ? Je ne le sais pas moi même, c'est bien ça le pire. A part l'idée de fuir mes parents, je ne trouvais pas grand chose, et ce n'est pas ça qui m'aurait poussé à venir, vu que j'aurais pu rester chez moi, sans que je les croise.

- Alors ? dit-elle en se postant devant moi.
- J'en sais rien, avouai-je. Peut-être pour pas te blesser.
- Sympa.
- Et toi, pourquoi tu m'as invité ?
- Je sais pas, dit-elle en détournant le regard.
- Pratique. On ne sait ni l'un ni l'autre ce que je fiche là, nous voilà bien avan...

Avant que je termine ma phrase, Meredith se rapprocha de moi, nos nez se frôlant presque, jusqu'à ce que nos lèvres se rencontrent, à ma plus grande surprise. Je ne la croyais pas capable de tromper son petit ami. Mais à l'instant, ce n'était pas ça qui m'intéressait le moins du monde, et je restai dans ma petite bulle, avec Meredith qui m'embrassait, peu décidée à me lâcher, et j'abdiquais finalement, posant mes mains sur sa taille, bien décidé à approfondir notre baiser.
Je savais bien que j'aurais pas dû lui répondre, mais voilà que la fille qui me plait me saute littéralement dessus, vous auriez fait quoi à ma place ?

Sauf que ce qui devait arriver, arriva. Involontairement, mon adolescence me sauta à la figure, je commençais à avoir chaud, et pas dans le sens positif du terme. Je ne supportais plus ce contact avec la jeune femme, qui avait commencé à passer ses mains sous mon tee-shirt. Fallait que j'arrête avant de faire une connerie, alors, sans tergiverser plus longtemps, je la repoussai sans ménagement, sous son regard incompris.

- Aaron ?
- Laisse moi.
- Que ...?
- LAISSE MOI ! hurlai-je avant de sortir de la pièce, puis de la maison, sans me faire remarquer par les invités, tous bien trop occupés à se souler pour me voir filer.
Je veux être normal.