
Nous y voilà, pour la soirée la plus longue de toute mon existence. Affalé sur ce canapé noir, Meredith assise à mes côtés, bouteille de bière en main, et soda sur la table pour moi. Pour bien commencer, mon entrée m'a couté la peau du cul, c'est que c'est pas donné ce genre de soirée, ensuite, il a fallut que la musique soit à un niveau de décibels trop élevé.
En gros ... affalé sur un canapé, à rien foutre, parce que Méré se fait draguer ouvertement par l'idiot du coin. Et elle est en couple, nan, mais laissez moi rire, elle connait la définition du terme "en couple".

- C'est ton mec, entendis-je le mec demander.
- Non, un pote. Pourquoi ça ? demanda-t-elle en feignant l'innocence.
- Rien de particulier, je me disais juste qu'une fille comme toi ne pouvait pas rester célib...
- Elle ne l'est pas, grondai-je. Alors maintenant, tu nous fous la paix, et tu dégages.
Putain que ça fait du bien de grogner un peu de temps en temps.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive Aaron ? s'étonna Meredith.
- Tu comptes te laisser draguer comme ça, sans rien dire. Je te pensais pas comme ça tu vois.
- Florian me trompe bien sans vergogne, soupira-t-elle.
- Pourquoi tu le quittes pas alors ? m'intriguai-je.
- Parce que si c'était aussi simple, je l'aurais déjà fait, crois moi.
- Et je peux savoir pourquoi ?

Elle détourna le regard, et un blanc s'installa entre nous deux, qui dura assez longtemps à vrai dire, avec pour celle distraction la musique qui passait à fond, et les danseurs à regarder. Tandis qu'elle finissait sa bouteille de bière, je finissais mon soda, rêveur, me demandant bien ce qu'il m'avait poussé à accepter de venir avec elle.
- Pourquoi tu n'as pas pris d'alcool, ça sert à rien de venir en boite si tu bois pas ? lâcha-t-elle finalement pour couper le silence.

- Je n'ai pas le droit aux boissons alcoolisées. Et le soda me convient parfaitement.
- Et je peux savoir pourquoi ?
- J'ai un traitement à vie, si ça t'intéresse de savoir ça. Et dans mon cas, l'alcool est très fortement déconseillé.
- Traitement à vie ? Tu es malade ?
- Si on veut. Je te rassure, c'est pas contagieux. Tu peux m'approcher sans crainte de a choper.
- Ça veut dire quoi ça ? me dit-elle, un sourire malicieux sur les lèvres.
- Hein ?

Elle glissa sur le canapé, pour se coller à moi, une fois sa bouteille de bière posée sur la table basse en face de nous. Le feu me monta aux joues, et je remerciai les néons et les spots pour masquer ma gêne. Je crois pas qu'une Meredith bourrée ce soit la meilleure chose à voir. Quoique, à y réfléchir de plus prêt, à moins qu'elle ne tienne pas l'alcool, ce dont je doute fortement, elle va pas être bourrée au bout de deux bières quand même.

- Tu m'as très bien comprise Aaron. Le "tu peux m'approcher sans crainte", ne me dis pas qu'il était anodin. Et ça me fait la morale parce que je ne dois pas tromper Florian, alors que tu n'attends que ça, avoue-le au moins.
- Tu te fais des films.
- Bien sûr, je me fais des films. Arrête ton char, je sais très bien ce qu'il se passe dans ta caboche. Pourquoi tu veux pas te laisser faire.
- Parce qu'il ne se passe rien dans ma caboche comme tu dis.
- Mais bien sûr, et je suis la Catherine d'Aragon doublée de la petite sirène.
- Je te dis que tu te fais des films ...
Elle s'approcha encore plus de moi, posant sa main sur ma poitrine, son regard planté dans le mien, ce qui, manque de pot, me fit réagir, elle allait tout comprendre.

- Oui, je me fais des films, dit-elle avec une pointe d'ironie.
- Meredith, arrête, s'il te plait. Tu vas faire une connerie.
- Parce que tu me repousserais ? continua-t-elle en approchant de plus en plus son visage du mien.
Je sentais son souffle sur mes lèvres, et j'essayais de me contrôler pour la repousser, en vain apparemment, parce que mon corps ne répondait plus, j'étais incapable de bouger les bras pour la repousser, même gentiment. Je crois que je suis définitivement cuit. Et finalement, je me laissai faire quand elle m'embrassa.

Que voulez-vous que je fasse d'autre ? Cette fille me plaît, elle a le don d'obtenir ce qu'elle veut de moi, et moi, comme un idiot, je réponds à son baiser, en oubliant parfaitement le lieu où je me trouve, les gens qui pourrait éventuellement me voir, me reconnaitre. A l'instant, même Florian pourrait rappliquer que j'en aurais rien à branler.
Je savourais juste cet instant, d'avoir Meredith pour moi pendant une soirée entière, me faire passer pour ce que je ne suis pas, son petit ami, quelqu'un qui serait capable d'aimer en faisant abstraction de ses convictions.
Au moindre mouvement de recul de sa part, je fondais de nouveau sur ses lèvres, ne voulant pas briser l'instant, pour ne pas arriver aux explications, qui ont le don de tout foutre en l'air. Mais il y a bien un moment où tout doit d'arrêter, on ne va pas rester définitivement soudés l'un à l'autre. Et c'est à une Meredith souriante que je fis face, une fois nos lèvres décollées.

- Qu'est-ce que je disais, dit-elle en riant. Ne me dis plus que je me faisais des films après ça, je ne te croirais pas.
- Ok, j'avoue, tu me plais. Mais on va en rester là tu vois, juste à cette soirée en boite de nuit, à faire semblant d'être ensemble, mais demain, c'est fini.
- Pourquoi tu refuses toujours ?
- Parce que, premièrement, tu es en couple, et je ne veux pas jouer l'amant dans cet histoire, ensuite, parce que je ne peux pas m'engager dans une relation.

- Pour la première condition, je peux faire quelque chose, avec un peu d'aide, murmura-t-elle. Pour la deuxième, j'aimerais comprendre.
- Tu ne pourrais pas comprendre si je te le disais.
- Dis toujours, insista-t-elle.
- Non, et cherche pas à savoir, où je vais sortir de mes gonds, commençai-je à m'emporter.
- D'accord, j'arrête, promis.
- Crise de couple ? entendis-je juste en face de nous.
Soirée de merde.

Je levais la tête, et remarquai qu'une jeune femme d'environ notre âge nous regardait. Elle avait les cheveux noirs, lui tombant sur les épaules, des yeux bleus glace, et une tête "je me mèle de tout". Elle était vêtue d'un genre de tunique noire à manche longue sobre, et de collants rayés noir et bleus, et autour du coup, un ruban ainsi qu'une clé ornementée pendue sur une fine chaine sombre. Encore un drôle de phénomène, je vais tomber sur tous les cas du coin ?
- Faut pas se disputer voyons, dit-elle sur un ton qui se voulait désolé.

- On se dispute pas, fit Meredith en souriant.
- Moi, c'est Cathe-Line, vous pouvez dire Cathe, ça ne me gêne pas.
- T'as un accent, t'es pas allemande, ou un truc comme ça ?
Et voilà, elles sont parties pour jouer les commères, génial. Pendant ce temps là, Meredith gardait une position ambiguë par rapport à moi, ce qui, finalement, ne me gênait plus face à ce qu'il venait de se produire. Je suis un parfait connard, je suis incapable de lui refuser quoi que ce soit, c'est bien ma veine.

- Si, mon père est allemand, ma mère est française, et j'ai grandi en Allemagne, avant de déménager il y a trois ans. J'ai du garder l'accent, je ne m'en rends pas compte.
- Et tu es dans quel lycée ? continua Meredith. Enfin, je suppose que tu es encore au lycée, non ? Arrête moi surtout si je me trompe.
- Je ne suis plus d'étude depuis un bon moment déjà, je fais des études à domicile, je connais personne.
- C'est con ça, fit la punkette.
- Et vous, vous êtes de quel lycée ?

- Moi, je suis de Van Heim, tu vois, le gros bâtiment rouge privé ...
- ... qui pue le fric, grognai-je.
- Roh, toi ça va, me rouspéta Méré.
- Quoi, je fais un effort de sociabilité, je parle.
- Y a des jours, tu ferais mieux de te taire n'empêche.
- Nien, singeai-je.
- Vous êtes pas dans le même lycée ? conclut aussitôt Cathe-Line.
- Il est à JFK, et ... c'est un peu le lycée rival tu vois, généralement, les élèves s'entendent pas ...
- Vous êtes l'exception, alors, dit-elle en riant. Ça ressemble à Roméo et Juliette votre histoire là, vous tuez pas surtout.
- Je me barre, cinglai-je en me levant, pour sortir de cet endroit infernal.

L'air frais me balayait le visage et me faisait frissonner.
Le parking était vide, à part quelques voitures, mais pas une âme à l'horizon, le calme plat malgré le bourdonnement qui émanait du bâtiment.
Je m'étais appuyé sur le mur, près de la sortie, la tête légèrement en arrière, en regardant distraitement les étoiles, quand la porte grinça, et que la voix de Meredith parvint à mes oreilles.

- Tu fuis ? demanda-t-elle en avançant.
- ...
- Te transforme pas en carpe s'il te plaît Aaron. Je m'excuse si j'ai fait quelque chose de mal, je ...
- C'est pas toi, c'est moi le problème. Donc s'il te plaît, tu arrêtes. Je vais rentrer chez moi.
- Hors de question lâcha-t-elle en se posant en face de moi, enroulant ses bras autour de mon cou.

- La dernière fois que tu as fui comme ça, je t'ai retrouvé endormi sur le trottoir, et de sale poil. Maintenant que je te tiens, je te lâche plus.
- Ecoute Meredith, lâche moi. Je te trouve parfaitement dégueulasse. Tu me cours après sans cesse, et bien que je ne supporte pas ton mec, ça ne se fait pas.
- Tu peux pas me comprendre, me dit-elle, hésitante.
- Oui, bien sûr, je suis con. Comment le pauvre JFK qui n'a pas un sous en poche peut comprendre qu'une bourgeoise pétée de thunes courre les mecs, sans vergogne. Ton argent ne te donnera pas tous les droits.

- Je ne peux pas quitter Florian, souffla-t-elle. Mais je t'assure que c'est avec toi que je veux être, le mec, tout à l'heure, c'était pour te faire rager.
- Bah, t'as réussi, bien joué. Et c'est quoi ce bazar avec Florian ?
- Je ... Tu ... Tu pourrais pas comprendre.
- Ça peut pas être pire que ce que je te cache, alors avoue.
- C'est un violent, je fais tout pour qu'il me quitte, mais il a pas spécialement envie de me lâcher pour autant...
- Et pourquoi tu ne fais rien toi.
- Parce qu'il serait capable de me battre à sang, de me violer, et ne croit pas que c'est exagéré. Au moins avec lui, je peux faire ce que je veux sans crainte, tu me comprends.
- Tordu comme situation.
- Crois moi, je t'en prie. Je sais pas comment m'en débarrasser, j'attends juste qu'il se lasse de moi, ça arrivera bien un jour, il ne se passe rien entre nous. On a même pas de vraies discussions.
- Et tu crois que je vais supporter une situation comme ça ? m'impatientai-je.

- Je sais que c'est irréaliste, mais ... ce ne sera pas pour longtemps Aaron, je te promets que je vais faire tout mon possible pour le quitter, je t'en prie.
Lassé, je levai les yeux au ciel, avant de soupirer.
- Je te donne un mois, au delà, je vais aller voir ton Florian avec Raise, t'es prévenue.

- Merci, souffla-t-elle avant de se hisser sur la pointe des pieds pour déposer un furtif baiser sur le bout de mes lèvres.
Dans quoi je me suis embarqué encore. Je sens que cette situation va m'amener que des emmerdes.
- Tu veux y retourner, me demanda-t-elle en désignant la discothèque du menton.
- Nan, pas vraiment, ce genre d'endroit n'est vraiment pas ma tasse de thé, et vu l'heure, je crois que je ferais mieux de rentrer chez moi.
- Taratata, dit-elle en riant. Je t'héberge, t'as oublié ? La chambre d'amis n'attend que toi.
- Va pour la chambre d'amis, grognai-je.
- Et arrête de grogner, t'es vraiment moche comme ça.