
Mes corvées terminées, je suis rentré directement à l’appartement, complètement lessivé et la tête complètement ailleurs, pour ne pas changer depuis quelques semaines, comme me la souligné mon frère ce matin, je me suis même pas rendu compte qu’il avait une nouvelle copine, il va falloir que je me réveille, et en urgence.

Quand je poussai la porte de l’appartement, une voix grave et enrouée parvint à mes oreilles, aucun doute, Connor traînait encore dans le coin, mais j’avais tout, sauf la tête à m’occuper de lui et de la merde qu’il causait autour de lui, et je continuai mon avancée, peu importe ce qu’il allait encore dire de moi.

- Aaron ! m’appela ma mère alors que je passai près d’eux, qui se disputaient, encore.
- Je vais m’enfermer, tu peux faire ce que tu veux, je ressors pas de ma chambre avant demain.
- Bonjour mon ptit Aaron, me dit Connor sur un ton paternel.
- Allez crever, ça me ferait plaisir.
- Tu sais que tu nous manques dans le réseau ? continua-t-il.
- Tu ne me manques pas, comme ça, l’affaire est claire. Casse toi, grognai-je de plus belle avant de le bousculer pour atteindre ma chambre, avant de m’allonger à plat ventre sur mon lit défait.

Je n’eus même pas le temps de m’endormir, ou de faire quoi que ce soit, que quelqu’un toqua à la porte de ma chambre, tout doucement, comme si cette personne avait peur de me réveiller, comme si quelqu’un faisait attention à ce que je me sente normal.
- C’est qui ? soupirai-je.
- C’est Maman, Aaron, tu m’ouvres s’il te plaît ?

Maman … comme si elle avait encore ce titre auprès de Raise et moi. Ces derniers temps, elle ne se conduit plus comme une mère et crois nous attendrir avec ses mots mielleux et ses intentions qui suintent l’hypocrisie ?
- Je dors, dis-je simplement en espérant qu’elle abandonne.
- Aaron … s’il te plaît. Je ne t’ai jamais vu avec un moral aussi bas, qu’est-ce qui t’arrive.
- Qu’est-ce que ça peut-te faire ?
- Je suis ta mère, je m’inquiète pour toi malgré tout. Allez, dis moi mon chéri, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Rien.

De légères notes atterrirent à mes oreilles, une mélodie fredonnée par ma mère, et que je reconnu sans aucune peine. Elle ne croyait tout de même pas m’amadouer avec ça ? Avec cette berceuse pour enfant … Cette berceuse qu’elle nous chantait quand on allait mal Raise et moi, quand on faisait un cauchemar, quand les enfants à l’école se moquaient de ma cicatrice … Quand elle était encore notre mère.
Dors, Dors, petit garçon,
Dors, les cauchemars s’en iront,
Allez, dors petit enfant,
Quoiqu’il arrive, je serais ta maman.

Dans sa voix, je pouvais percevoir des sanglots, des regrets, celui de ne plus jamais nous avoir prêt d’elle, comme autre fois, d’avoir perdu ses petits garçons comme elle nous appelait.
Et en moi, des regrets de l’avoir maltraité de cette façon, d’avoir tout fait, pour ne plus retrouver ma mère.
- Laisse-moi, s’il te plait, lui dis-je en enfouissant mon visage dans mes bras.
- Bonne soirée Aaron, dit-elle avant que je n’entende le bruit de ses talons sur le parquet usé de l’appartement.
Non, ce n’était vraiment pas ma journée.