
« Allez, tout le monde se lève ! Il est sept heures trente du matin ! Nous sommes le samedi dix sept juin, il fait beau et chaud, sortez les bikinis mesdemoiselles ! »
BOUM !
Tiens, comme par miracle, le réveil ne disait plus rien, j’allais peut-être enfin pouvoir me rendormir, non mais quelle idée de mettre un réveil le samedi matin n’empêche, c’est sensé être ma journée grasse matinée, pas réveil en fanfare par le présentateur débile d’une station de radio débile.
J’avais donc assommé comme il se devait ce fichu réveil de mes deux, il allait pas hurler de nouveau, avant de me réinstaller tête sur l’oreiller, prêt à prolonger ma nuit.
Par réflexe, je m’étirais doucement, les membres endoloris par nuit passée allongé sur ceux-ci, je devais très certainement avoir les marques des draps sur ceux-ci. Et puis, ma main heurta quelque chose, et non, ce n’était pas le mur, ou la tête du lit ou encore un coussin.
Il ne me fallut pas plus de trente secondes pour me rappeler où j’étais, et pourquoi ce fichu réveil venait de sonner… d’ailleurs … je jetais rapidement un œil sur le côté du lit pour me rendre compte que le réveil n’était plus sur la table de nuit, mais très certainement dans un état proche de l’agonie sur le sol … J’ai buté son réveil, elle va me découper en rondelles !

Pour éviter une éventuelle crise d’hystérie de la part de Meredith, oui, c’est bien chez elle que j’étais ce matin, et plus particulièrement sur son lit, puisqu’elle m’avait tirée à bout de bras de la chambre d’amis hier soir … ce qui ne m’a pas déplu, je dois bien l’avouer, je me levais donc du lit, m'assis sur le rebord, mes pieds nus entrant directement en contact avec les débris de réveil au sol, preuve du combat acharné que j’ai mené contre lui il n’y a pas dix minutes.
Aaron versus réveil, round un, victoire du réveil ! Round deux, victoire d’Aaron par KO !
Assis sur le rebord du lit, je m’appuyai doucement à l’aide de mes mains sur le rebord du matelas, voulant le faire grincer le moins possible, alors que j’avais la tête dans les épaules, jetant des regards furtifs vers Meredith qui dormait encore profondément.
Et le pire dans toute cette histoire, c'est que je suis sûr à presque cent pour cent qu’elle a mis le réveil pour elle, et il n’y aurait rien à y faire, elle ne se réveillera pas !
Je pris alors une grande inspiration et me levai d’un coup sec, mes pieds s’écrasant d’eux même sur les débris de réveil, s’enfonçant dans la plante de mes pieds.
- Aïe ! Bordel de merde ! hurlai-je aussitôt avant de m'asseoir en tailleur au pied du lit et de regarder l’étendue des dégâts : le réveil était définitivement hors d’état de nuire vu le nombre de petits morceaux qui jonchaient le sol… mon pied lui, bah … il s’en remettra, faudra bien !

Bien évidemment, avec un boucan pareil, il ne fallait pas s’attendre à être discret et jouer les cambrioleurs super furtifs, plus de doutes, j’avais réveillé ma petite amie, qui clignait doucement des yeux, émergeant de son sommeil. Elle passa sa main sur son visage tandis que moi, toujours assis aux côtés des lambeaux du réveil, je tournai la tête vers elle, le visage gêné.
- Eh eh eh ! Bonjour ! Bien dormi ? lui demandai-je innocemment.
- Aaron ?
- C’est moi !
- Qu’est-ce que tu as fait encore ? me questionna-t-elle en s’asseyant sur le lit, les cheveux dans tous les sens.
- Pourquoi encore ? J’ai une tête à enchaîner les conneries ?
Elle leva un sourcil, sceptique, avant de s’approcher de moi, à moitié allongée sur le ventre et de passer une main sur mon épaule, sa tête au dessus de mon autre épaule pour pouvoir admirer l'étendue de mes conneries monumentales.

- C’est pas mon réveil ça ? me demanda-t-elle en l’indiquant de son menton.
- Euh si, c’est fort probable, lui répondis-je.
- Qu’est-ce que tu lui as fait Aaron ? Il ne demandait rien à personne ce réveil enfin …
- Il a sonné à sept heures du matin, désolé, mais j’aime pas les réveils le samedi, en plus, il vient de me bousiller le pied, lui expliquai-je, boudeur, en indiquant celui-ci de mon doigt, tout en insistant sur sa couleur rouge absolument anormale pour un pied en bonne santé.
- Mon pauvre chéri, il est vilain le réveil, s’amusa-t-elle en m’embrassant sur la tempe avant de descendre à son tour du lit et de s’accroupir au sol, près des restes de son bien aimé réveil, apparemment pour le remettre en état de me nuire.

- Le répare pas Méré, je tiens à mon sommeil moi !
- Et mes parents aussi figure-toi, je ne crois pas que ton hurlement de douleur soit le meilleur des réveils matins, me dit-elle en remettant les piles dans l’instrument de torture qu’était ce fichu tas de boulons, pour ensuite remettre le clapet, écrabouillé par mes soins, à son emplacement. Clapet qui ne tenait plus en place, il fallait le voir pour comprendre sa souffrance à celui-là !

- Et voilà ! dit-elle toute contente de ses talents de mécanicienne en regardant son réveil posé au sol en face d’elle.
- Le retour de mon nuisible, dis-je en lançant un regard noir au réveil.
Et je peux vous assurer qu'il me l'a rendu mon regard, comme un défi qu'on allait se lancer jusqu'à la fin de nos jours lors d'un éternel combat à mort.
- Mais j’en ai besoin de mon réveil pour aller en cours, dit-elle en riant en admirant son œuvre.
- Oui, mais on est samedi, tu aurais au moins pu avoir l’intelligence de l’éteindre, je suis sûr que t’es blonde sous ta perruque châtain ! lui lançai-je en ricanant.
- Désolée mon chéri, veuilles tu bien me pardonner ?
- Ça, ça reste à voir. Non, mais t’as vu l’heure à laquelle on a enfin décidé qu’il était temps de dormir ?
Elle fit mine de réfléchir avant de s’approcher de moi, et de s’asseoir à califourchon sur mes jambes. Elle entoura mon cou de ses bras, rapprochant son visage du mien, nos nez se touchant.

- Je dirais trois heures et demi du matin, chercha-t-elle alors que je posai mes mains sur sa taille.
- Je dirais pareil que toi, et tu oublies ton réveil, debout à sept heures et demi du mat, j’ai dormi que quatre heures, le syndrome de la tête dans le cul me guette, et ça risque d’être violent.
- Dans ce cas là, on est deux ! explosa-t-elle de rire. On va s’allonger dans le jardin cette après midi, et je t’autorise à dormir…
- Ouais, après que tu m’auras forcé à revoir ma philo ! Histoire que je te bassine pas avec les maths, paf, on assomme Aaron, et il nous embête plus !

Elle fit la moue, et j’éclatai de rire avant d’entreprendre de la chatouiller pour la dérider, ce qui ne loupa pas puisque elle ne put se retenir plus se retenir plus de trente secondes, avant de partir d’un éclat de rire pas possible, si ses parents n’étaient pas déjà réveillés, on pouvait dire qu’ils l’étaient maintenant, plus aucun doute. Ce qui ne loupa puisque trente secondes plus tard, alors qu’elle était écroulée au sol, moi au dessus d’elle continuant ma torture, voilà que le porte se met à grincer.
Grillés, et pile au moment où je la chatouillai sous son haut de pyjama, car on sait tous que chatouiller quelqu'un au travers d'un morceau de tissu à moins d'effet que sur la peau nue, et puis, c'est ma copine après tout, j'ai le droit de glisser mes mains par ici, non ?

- Je vois qu’il y a de l’ambiance par ici, nous sourit Meryll vêtue de son pyjama, pas le moins du monde choquée de voir sa fille étendue au sol, un gars au dessus d’elle, et les mains étrangement baladeuses.
- Désolée si on t’a réveillé Maman, s’excusa aussitôt Méré en se relevant, tandis que je m’éloignais d’elle pour m’asseoir au sol, contre le lit.
Elle s’approcha de nous, avant de s’accroupir au sol, pour nous parler.

- Non non, vous ne m’avez pas réveillée, j’ai un rendez-vous pour le boulot ce matin d’ailleurs, nous expliqua-t-elle ensuite.
- Ah ? Et Papa aussi je présume ? s’interloqua aussitôt Meredith.
- Oui, donc vous êtes seuls tous les deux à la maison aujourd’hui, pas de bêtises les amoureux, hein ?
Cette dernière réplique me fit virer rouge tomate, et piquer un fard monstrueux. Non pas le « pas de bêtises », mais le mot qui suivait … « amoureux ». C’est pas le fait que j’en doute, juste que voir la réalité en face, souligné par quelqu’un d’autre, c’était affreusement gênant pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais eu de vraies relations ne serait-ce que amicales depuis six ans.

- Allez, je vous laisse, nous sourit-elle.
Je levai la tête vers elle, et vis son visage doux et aimant que j’aurais aimé voir sur celui de ma mère. On sentait à la voir qu’elle aimait sa fille, cela ne faisait aucun doute, qu’elle se sacrifierait pour elle, et pas l’inverse, et cette réalité me fit un pincement cœur, et je détournai les yeux, déçu et incroyablement malade de jalousie envers Meredith qui avait une mère « normale ».
Meredith dut remarquer ma gêne subite, et elle se rapprocha de moi, pour me prendre dans ses bras, d'une façon assez protectrice.

- Aaron ? me demanda-t-elle. Ça ne va pas ?
- Non, c’est rien t’inquiète, la rassurai-je en le regardant.
Je n’aimais vraiment pas la voir dans cet état, inquiète pour moi, je voulais qu’elle arrête de se faire du mouron, mais visiblement, elle est au même régime que Heaven avec moi.
- Tu m’en parleras un jour ? me questionna-t-elle quand même.
- Oui, un jour, promis …
Un grondement sorti d'outre-tombe me coupa la parole, et elle explosa de rire quand elle se rendit compte qu’il s’agissait simplement de son estomac qui réclamait son dû.

- Ta petite amie est une morfale Aaron, dit-elle en riant.
- On a qu’à descendre manger, ça sera fait, dis-je en me levant, ce qui la força à se lever à son tour, et c’est main dans la main que nous descendîmes au rez-de-chaussée, croisant au détour du couloir vers la salle de bain le père de Meredith, visiblement encore endormi, je sens que sa réunion, ça va être du tonnerre !