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La matinée avait coulé tranquillement, toujours ponctuée par la bonne humeur de Meredith, et l’après midi était tout aussi prometteuse.
Après avoir mangé, on avait décidé de réviser pendant deux-trois heures, jusqu’à ce que le soleil, alors à son zénith, ait tapé dans la baie vitré du salon, nous forçant presque à abandonner livres et crayons pour une excursion dehors.
Je m’étais alors allongé dans l’herbe, les yeux fermés, espérant faire une petite sieste, Méré s’étant allongée à mes côtés en même temps que moi, et pris par une demie inconscience, je ne m’étais pas rendu compte qu’elle s’était éclipsée, jusqu’à ce qu’un PLOUF phénoménal ne me sorte de ma torpeur et ne me fasse ouvrir grand les yeux.

 

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Je me relevai brusquement, cherchant du regard la raison du vacarme quand je vis Meredith remonter du fond de la piscine, le sourire aux lèvres.
- Désolée de t’avoir réveillé, mais il fait trop beau, c’est tentant !
- T’es pas folle ?! m’estomaquai-je alors qu’elle sortait de la piscine, vêtue d’un maillot de bain duquel on ne pouvait que difficilement détacher le regard.
Elle est où ma punkette ? Je ne la reconnaissais pas, avec ses cheveux ondulés par l’humidité et sa tenue loin de ses boots et autres pics, à savoir un magnifique maillot de bain noir en une seule pièce, laissant apercevoir son ventre et son nombril de la façon la plus charmante qui soit.

 

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- Wah … ne pus-je m’empêcher de souffler quand elle s’approcha de moi.
- Contente que ça te plaise, dit-elle en souriant.
- Hein ? fis-je en secouant vivement la tête pour me remettre les idées en place, complètement obnubilé par sa tenue.
- Essuie ta bouche, tu baves, rit-elle en s’asseyant ensuite à côté de moi.
Par pur réflexe, je portais ma main à ma bouche, ce qui la fit rire d’autant plus. Je la regardai, à moitié grognon, et vexé qu’elle s’attaque à moi de cette façon.

 

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- Tu aurais vu ta tête Aaron, continua-t-elle sur sa lancée, il y avait de quoi rire, à croire que tu n’as jamais vu de fille en maillot de bain de ta vie.
C’est pas de ne jamais avoir vue de filles en maillot de bain de ma vie qui m’avait fait pousser ce « wah » de stupéfaction, j’avais vu bien plus du corps féminin, et j’eus un léger soubresaut en y repensant. Non, c’est le fait de voir ma punkette dans une tenue qui ne correspondait en rien à celle qu’elle avait en temps normal.
Je préférai me taire, et ne pas la regarder, même si c’était tentant.

 

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- Tu viens à l’eau avec moi ? me demanda-t-elle en souriant une fois qu’elle se fut déplacé juste en face. Je dois bien avoir des maillots de mes cousins qui traînent à la maison, alors ?
- Ah, non, euh … bredouillai-je en détournant le regard.
Non pas que l’envie de piquer une tête avec elle ne soit pas de rigueur, mais … je ne lui ai toujours pas dit pour mon problème de cœur, comment elle va réagir si elle voit que j’ai été charcuté, qu’une affreuse cicatrice balaye mon torse et que j’ai une pile accolée au cœur ?

 

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- Il y a un problème ? me demanda-t-elle, mon balbutiement ne lui ayant pas le moins du monde échappé.
- Non, aucun, la rassurai-je, et visiblement, elle n’était pas dupe.
- Aaron … insista-t-elle.
- Il n'y a rien, je préfère rester au sec, mais je t’empêche d’aller nager sans moi tu sais.
- Tu es très mauvais comédien, mais je vais faire comme si je t’avais cru, ça marche.
Je piquai un fard monstrueux. Il allait bien falloir qu’elle le sache un jour non ? C’était inévitable.

 

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Je la regardai nager tranquillement, assis sur le bord de la piscine, le regard perdu dans mon reflet dans l’eau et à me demander ce qui m'empêchait vraiment d'ôter ce tee-shirt blanc pour aller piquer une tête avec elle. Et je ma sentais effroyablement ridicule. Il allait bien arriver un moment dans notre relation où elle allait forcément me voir torse nu, et qu’elle verrait donc ma cicatrice.
Pourquoi repousser toujours plus loin l’annonce de ma cardiopathie ?
Soudain, je sentis de l’eau me tomber sur la figure, et je vis Meredith qui s’amusait à m’envoyer de l’eau dans la figure. A la vue de ce qu’elle faisait, je palis, et voulant me relever pour éviter de me mouiller, car un tee-shirt blanc mouillé devenait transparent, je ne fis pas attention et glissai sur le rebord humide de la piscine, avant de plonger dedans.
- Aaron ! m’appela-t-elle en s’approchant de moi.
Je m'étais cogné l'arrière de la tête sur la piscine, le coup m'assommant légèrement. Après quelques secondes qui me parurent interminables, je recouvrai ma mobilité et battis des jambes et des bras pour me tirer la tête hors de l'eau, tant bien que mal. Ma vision était trouble, sûrement au coup que je venais de recevoir, mais ça ne m'empêcha pas de voir qu'elle nageait vers moi, bien que je ne distingue aucunement son visage durant une bonne minute.

 

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Elle était à quelques centimètres de moi, figée, les yeux exorbités et fixés sur mon torse, tandis que tétanisé, je n’osais plus bouger et affronter une explication que je redoutais depuis un bon moment.
- Aaron ? demanda-t-elle, complètement perdue, sans détacher son regard de moi.
A vitesse grand V, je me dépatouillais pour sortir comme je le pouvais de la piscine, la déception s’emparant de moi. Qu’est-ce qu’elle va penser de moi maintenant ? Qu’est-ce qu’elle va me dire ? Elle va me regarder comme tous les autres qui sont au courant, comme un mec qui vaut pas grand-chose, capable de rien, qu’il faut opérer tous les cinq ans … Je ne vaux pas plus que ça ?

 

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- Aaron, attends ! me lança-t-elle en sortant de la piscine à son tour sans prendre la peine se s'enrouler dans une serviette de bain.
Elle s'approcha de moi d'un pas vif, esquivant quelques glissades sur la dalle qui entourait la piscine. Mon cœur s'emballa, ma rage monta et je voyais rouge, étourdi par mon choc, encore chancelant parce que je m'étais remis debout trop vite.
- Quoi ? Toi aussi tu vas me juger ? C’est ça ? Je t’en prie, donne-t-en à cœur joie ! lui répondis-je cinglant tout en retirant mon tee-shirt que j’essorais.
Après tout, elle a tout vu il y a cinq minutes, j’ai plus rien à lui cacher maintenant.
- Nan, attends, te referme pas Aaron continua-t-elle et je me retournai vivement.

 

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- Quoi ? T’as envie de mater une cicatrice ? T’as jamais vu ça de ta vie ? Vas-y, je t’en prie, je suis qu’une bête de foire après tout ! m’emportai-je sans lui laisser le temps de prendre la parole, et peut-être avais-je tort de me comporter ainsi.
Je devais sûrement avoir tout faux, puisque sa main vola vers ma joue, et claqua contre celle-ci et Meredith me lança un regard accusateur. Ma joue rougit, et me lançai, en cadence avec le rythme de mon cœur devenu fou dans ma poitrine. Je portai par réflexe ma main ma joue, et remarquai qu'elle était bouillante. Elle avait plus de force que l'on ne pouvait l'imaginer en premier abord.
- J’ai une tête à tout regarder par curiosité de ce genre ?
- Non … je …
Elle s’approcha de moi, et posa main droite sur mon torse, le long de ma cicatrice, suivant les boursouflures de celle-ci. J'esquivai une grimace de dégoût, celle que je m'attendais qu'elle face, et la voir se comporter ainsi m'empêchait de me comportement sereinement.

 

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- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? me demanda-t-elle en passant ses doigts dessus, sentant ainsi le relief formé sur mon torse, ainsi que les stries de la reconstruction.
- Je suis pas tout à fait en bon état, ironisai-je en haussant les épaules. Désolé de te l’avoir caché, mais je savais pas comment te l’annoncer, et je crois pas que cette façon soit la meilleure possible.
- Je ne crois pas non plus, dit-elle en me souriant. Tu me racontes ?
Après un blanc d’environ cinq secondes, je posai ma main sur la sienne, l’empêchant alors de bouger. 

 

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- Pour faire simple, disons que j’ai une pile cardiaque dans la poitrine, lui expliquai-je.
- Une … pile ?!
- Ouais, un mini défibrillateur sur batterie pour empêcher mon cœur de prendre des vacances, et là encore, je te la fais simple.
- Comment ça se fait ? reprit-elle.
Je détournai le regard, ne sachant pas trop comment lui expliquer sans la perdre dans les détails inutiles, mais elle interpréta mal ma réaction, et se mit aussitôt à s’excuser.
- Désolée, si tu veux pas me répondre, c’est pas grave, je t’en veux pas, je …
- Nan, tu n’y es pas du tout, lui répondis-je.

Mes doigts s'entrelacèrent d'eux même aux siens, et j'éloignai sa main de mon torse. A quelques pas de nous se trouvaient les chaises longues, et je l'entrainai avec moi sur l'une d'elle, s'asseyant l'un en face de l'autre, sans que je ne lui lâche les mains.

 

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- J’ai un cœur trop faible, lui expliquai-je. Et pour qu’il ne s’arrête pas, j’ai un pacemaker depuis mes six ans, avec un traitement à vie …
- D’où les médocs, éluda-t-elle, et le fait que tu ne bois pas, ou ne fumes pas, si je suis bien.
- Ouais, c’est ça. Garder mon cœur en bonne santé est un élément essentiel. Je ne peux pas me permettre de l'affaiblir davantage au risque de ne pas m'en sortir. L'alcool, le tabac, les drogues et le sport me sont prohibés, je dois surveiller ma santé de très près, c'est très contraignant.
Elle me lâcha des yeux, et regarda vers la piscine. Je vis à ses mimiques qu’elle avait autre chose à me demander, mais qu’elle n’osait pas le faire, alors je la poussai à demander, après tout, au point où on en est.

 

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- Bah vas-y accouche, c’est le moment tu sais ? lui lançai-je.
- Je suppose que c’est dangereux, non ? me demanda-t-elle, la voix tremblante. C’est pas le genre de maladie bénigne, n’est-ce pas.
- Non, t’as raison, je passe sur le billard en moyenne une fois tous les cinq ans pour changer ma pile, j’ai pas le droit de faire de trop forcer au risque de fatiguer, j’ai des médicaments à vie sans compter les traitements annexes plus lourds en cas de maladie …
Je me levai et me plaçai juste derrière elle pour la prendre dans mes bras sans qu'elle n'ait à se lever, elle ne semblait même plus capable de bouger, visiblement, ce n’était pas le genre de truc que tu pouvais annoncer comme ça, sans que rien ne se passe.

 

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- Eh Méré, calme-toi s’il te plait, c’est pas la fin du monde, tentai-je de la rassurer.
- Tu peux en mourir de ta maladie, non ?
Je soupirai, je n’aimais pas quand il était question de repartir sur ma maladie, et sur une mort assurée à cause d’elle, et peut-être même éminente.
- Je me bats, lui expliquai-je, et il est pas question de mourir à dix huit ans, j’ai toute la vie devant moi, alors tu te sors cette idée du crâne. Tant qu’on veut vivre et qu’on s’en donne la volonté, on arrivera toujours à faire reculer la maladie.
- La volonté ne fait pas tout Aaron, me dit-elle en se levant pour rejoindre l’intérieur de la maison, me laissant seul sur la chaise longue.

 

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- Qu’est-ce que j’ai dit encore ? lui lançai-je alors qu’elle passait la porte.
Elle ne dit rien de plus et je vis qu’elle passait sa main sur son visage, comme pour essuyer d'éventuelles larmes qui auraient finies par couler le long de son visage. Aaron, tu es un boulet confirmé ! Tu peux pas simplement le lui expliquer clairement que c’est trois fois rien … enfin, trois fois rien, c’est exagéré, mais maintenant, elle va m’en faire une montagne !

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