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Le soleil venait de se lever il y a quelques minutes, et passait au travers des vitres du couloir, s’écrasant sur nos visages fermés, froids et inquiets. On avait passé tous les trois la totalité de la nuit dans ce couloir d’hôpital, à attendre des nouvelles, et positives bien sûr, d’Enzo, Cory faisant les cent pas depuis des heures, Méré et moi assis sur les sièges mis à notre disposition dans le couloir, somnolant.
- Arrête Cory, tu me donnes le tournis, souffla Meredith, sombrant doucement dans les bras de Morphée.

 

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- Pourquoi est-ce qu’on nous dit rien bordel ! s’exclama-t-il en donnant un coup de pied dans le mur en face de lui, se broyant très certainement les orteils vu la force de son geste. Ils peuvent pas nous laisser poireauter comme ça quand même !
- Ça ne va rien changer de rester comme ça Cory, lui dis-je en essayant de garder mon sang froid.
- Parle pour toi, rétorqua-t-il aussitôt. Je sais pas si tu piges que c’est Enzo qui est dans cette fichue salle d’opération !
- Calme toi, murmura Meredith. Je t’en prie, il n’aimerait pas te voir en proie à la panique, c’est toi qui es censé être calme en toute circonstances Cory.

 

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- Je …
Il avait arrêté de marcher de long en large, et s’était posé en face de nous, le visage triste et totalement perdu, des larmes coulant de ses yeux sur ses joues pour la première fois depuis qu’on était dans ce couloir. Meredith se leva aussitôt pour aller prendre Cory dans ses bras, qui explosa finalement en sanglots sur son épaule, impossible à arrêter.

 

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- Je suis désolé, murmura-t-il doucement à Méré. Je n’aurais jamais dû vous hurler dessus à tous les deux, vous voulez m’aider et …
- Je te comprends Cory, je serais pareille si c’était Aaron, alors on oublie d’accord, le rassura-t-elle. On est là pour toi, tous les deux, et on ne va pas te laisser tomber, c’est d’accord ? Ne crois pas partir en dépression tout seul, c’est hors de question.
- Merci Meredith.

 

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La porte battante donnant sur la salle d’opération s’ouvrit doucement, laissant apparaître une jeune femme brune vêtue d’une tenue d’hôpital bleue à manches courtes, baskets aux pieds. Méré se décolla alors doucement de Cory, ayant entendu la porte s’ouvrir, et le visage de Cory se figea quand il vit la femme s’approcher de lui, le visage fermé.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? paniqua-t-il aussitôt.

 

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L’interne se stoppa face au visage paniqué du jeune homme, les joues striées de larmes et les yeux rougis par la tristesse qu’il n’avait pas voulu laisser apparaître devant ses amis.
- Vous êtes Cory Summers ? demanda-t-elle.
- Oui. Comment va Enzo ? Il est réveillé ? débita-t-il aussitôt.
Je me levai à mon tour, pour épauler Cory, sentant la mauvaise nouvelle se pointer. Je les connaissais bien les habitudes des hospitaliers, qui avaient toujours le même visage quand il s’agissait d’annoncer une opération éminente, un coma ou une mort.

 

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- Mr Grey a été gravement touché. Nous avons dû effectuer une ablation partielle du foie et totale du pancréas, l’estomac et les intestins ont été perforés. Le rein gauche a également été retiré.
Je vis aussitôt Cory pâlir à cette énumération, je passai alors un bras autour de ses épaules, alors que Meredith lui tenait fermement la main, le pire était loin d’avoir été annoncé par cette interne.

 

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- Il a perdu énormément de sang, et il a sombré dans un coma de niveau trois, je suis désolée, mais à ce niveau, et vu les lourdes séquelles, il y a de fortes chances qu’il ne se réveille pas, et n’arrive au stade de la mort cérébrale. Je suis désolée.
Les larmes redoublèrent d’intensité sur le visage de Cory, qui pleurait en silence, sans bruit, les yeux grands ouverts, ne réalisant pas ce qu’il se passait devant lui. Je restai stoïque face à sa détresse, ne sachant pas comment réagir, je ne sais pas ce que c’est, je n’arrive pas à comprendre, je ne sers vraiment à rien.

 

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- Je peux le voir ? demanda-t-il, sa voix ne dissimulant pas ses tremblements dus à sa tristesse.
L’interne hocha timidement la tête, avant d’annoncer que Cory serait transféré dans sa chambre dans deux petites heures, le temps de faire les installations nécessaires.
- Vous pouvez aller en cafétéria, j’irais vous chercher.
- Merci, souffla Méré dont les yeux rougis par la fatigue commençait à s’humidifier tandis que l’interne retournai vers la salle d’opération.
D’un geste vif, Cory se détacha de nous deux, avant de sortir du couloir d’un pas lourd et précipité, nous laissant seuls tous les deux Meredith et moi. Elle s’approcha finalement de moi, en proie à la fatigue et à la tristesse, je sentais bien qu’elle était au bout du rouleau et je finis par la prendre dans mes bras, mains sur sa tête, lui caressant tendrement les cheveux.

 

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- Qu’est-ce qu’il va lui arriver Aaron ? me demanda-t-elle, perdue. Je n’ai jamais vu Cory dans un tel état, je ne sais plus quoi faire.
- On va déjà essayer de le chercher, non ? On va pas le laisser tout seul non plus, tu ne crois pas ?
Elle hocha brièvement la tête, avant de se décoller tout doucement de moi, pour ensuite attraper ma main, et la serrer dans la sienne. Elle bailla légèrement et sourit en me dirigeant en dehors du couloir.

 

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- Toi, tu vas pas faire long feu, lui dis-je en riant.
- Raconte pas de conneries, bâilla-t-elle de plus belle.
- C’est ça, et tu ne bâilles pas là, m’amusai-je. C’est vrai que tu pètes la forme, t’as des cernes de trois kilomètres sous les yeux.
- Mmmh ?
Elle ferma les yeux avant que ça tête ne tombe contre moi, et qu’elle ne cesse aussitôt d’avancer. Je m’arrêtai alors à mon tour pour me poster devant elle, essayant d’empêcher se tête de tomber en avant, tout en tentant de la réveiller.

 

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- Méré … murmurai-je en lui caressant doucement les mains.
- Mmmmh …
- Tu dors debout là, réveille toi, on va à la cafétéria, je vais te payer un café.
- Nan, veux ..pas.
- Tu n’as pas trop le choix, lui ris-je au nez en collant mon nez au sien, cherchant à capter son attention.
Elle ouvrit finalement les yeux, me toisant difficilement, et je savais qu’elle n’allait jamais tenir les deux heures que nous avait annoncé l’interne.

 

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- Aaron ?
- Lui-même, tu croyais quoi, que tu sortais avec le pape ? Santa Claus ?
- T’es pas drôle, bougonna-t-elle faiblement.
- Et toi, pas convaincante quand tu es naze, lui rétorquai-je. On va chercher Cory, prendre un café, et tu vas aller te reposer.
- Comment tu fais …. Pour être plein d’énergie comme ça.
- Je suis habitué à pas dormir, lui dis-je simplement en l’embrassant sur la joue, avant d’entrapercevoir un petit sourire sur son visage ensommeillé.

 

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- Quoi ? m’étonnai-je.
- Rien de particulier, me dit-elle sans pour autant décrocher son sourire de ses lèvres, sourire qui ne me donnait qu’une envie à l’instant, oubliant totalement le lieu où l’on se trouvait, à savoir le couloir d’un hôpital, pendant que l’un de nos amis était entre la vie et la mort.
Je lui lançai alors un regard suspicieux, me doutant très bien qu’elle cachait quelque chose derrière sa bouille innocente.
- Bon, d’accord, j’avoue. J’ai remarqué que tu es très câlin depuis cette après midi, ça me fait plaisir de te voir comme ça, j’ai presque réussi à te rendre bisounours.

 

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A ses mots, je piquai un fard monstrueux, les yeux fuyants, les mots se coinçant dans ma gorge. Comment elle peut me sortir ça comme ça elle ? Elle veut que je réagisse comment moi ? Elle est au courant que je suis une vraie quiche en relations humaines ? Elle se moque de moi, c’est ça ?
C’est pas de ma faute si je suis maladroit avec elle, et c’est maintenant que je me rends compte que j’aime être proche d’elle qu’elle me sort la réplique qui casse tout, faudrait savoir.
- Si ça te plait pas, dis le tout de suite, bougonnai-je sans vraiment m’en rendre compte.
- Aaron ….
Elle se décolla de moi, pour se poster juste en face, ses mains encerclant ma tête

 

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- Arrête de grogner s’il te plait, je voulais pas te blesser en te disant ça, je voulais que ce soit un compliment, excuse moi. Juste que, je te l’ai dit, je suis très tactile comme fille, j’adore les bisous et les câlins, donc voir que tu réagis comme ça, ça me fait plaisir.
- On part dans la niaiserie comme ça, grognai-je de plus belle, vexé.
- Tu veux que je fasse plus niais que ça ? me demanda-t-elle.
- Surtout pas, lui répondis-je aussitôt en me décollant d’elle. Et faut qu’on aille trouver Cory avant qu’il nous fasse une connerie.
Elle tira une moue triste, à laquelle je ne fis pas attention. S’amuser, c’est bien, mais il faut savoir s’arrêter, surtout dans ce genre de moment. Elle acquiesça alors timidement, et voulut attraper ma main, ce que je lui refusais, avec une seule raison : non pas que ce geste me gêne, j’ai dépassé ce stade, mais vis-à-vis de Cory, qui se retrouvait seul, il ne fallait pas qu’il se retrouve à nous tenir la chandelle.
Méré m’adressa alors un regard étonné, et sans m’en préoccuper, je m’avançais, vers la cafétéria, Meredith deux pas derrière moi, tête baissée, et silencieuse.

 

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